Pisseurs Involontaires de Glyphosate lotois : 1er dépôt de PLAINTE CAHORS: 13 juillet 2020

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6 juillet 2020

COMMUNIQUE DE PRESSE ASSOCIATION CAMPAGNE GLYPHOSATE 46 

 

Le collectif Glyphosate46 appelle à venir Lundi 13 juillet à partir de midi devant le Tribunal Judiciaire de Cahors pour le 1er dépôt de plaintes des « Pisseurs involontaires de Glyphosate Lotois » qui commencera à 13h (heure d’ouverture du greffe). Ce dépôt sera effectué par notre référent lotois pour une petite centaine de plaignants.

Pendant le confinement, sous le prétexte que le Covid 19 empêcherait les consultations du public, le gouvernement a reculé de nouveau en accordant des réductions supplémentaires pour épandre les pesticides à des distances encore plus faibles des habitations que celles – pourtant insuffisamment protectrices – imposées en décembre. Cette situation est d’autant plus inquiétante qu’une exposition chronique à la pollution de l’air est considérée par ATMO-France comme un facteur aggravant les conséquences d’une infection par le Covid 19. Il serait justifié, dans de telles circonstances sanitaires, d’éloigner les pulvérisations de pesticides des domiciles des riverains des zones cultivées. Les préfets doivent protéger les riverains, pas aggraver la situation !

La Campagne Glyphosate nationale propose aux citoyens la recherche de glyphosate dans les urines, principal marqueur de notre ingestion quotidienne de pesticides. Cette campagne est un très grand succès: de nombreuses étapes ont été franchies, qui nous rapprochent de la perspective d’un procès : 6300 analyses à ce jour et 4731 plaintes déposées auprès du Pôle santé auprès du Tribunal Judiciaire de Paris ; création d’un groupe pluridisciplinaire pour travailler aux analyses des résultats… La campagne a créé un effet boule de neige avec des analyses de cheveux et des arrêtés municipaux contre les pesticides. Tout cela amène à une prise de conscience très large de l’imprégnation permanente et généralisée que nous subissons.

La Campagne Glyphosate permet à celles et ceux qui le souhaitent de porter plainte contre les responsables du maintien de ce produit sur le marché (les décideurs, politiques ou responsables d’entreprise, qui ont permis de diffuser ces produits sans analyses suffisantes) pour mise en danger de la vie d’autrui, tromperie aggravée et atteinte à l’environnement.

Sur 182 prélèvements dans le Lot, nous rappelons que 166 ont choisi de porter plainte, dont 11 enfants. La moyenne Lotoise est de  1,36 ng/ml. Tous les tubes du Lot avec plainte contiennent entre 3 fois et 38 fois le taux de référence de glyphosate dans l’eau potable qui   est de 0,1 ng/ml maximum (nanogramme par millilitre), ce qui est de toutes façons une norme arbitraire. Nous pensons qu’un taux de zéro est le seul acceptable, dans l’eau potable comme dans l’organisme humain. Rappelons que l’eau, l’air, le sol, l’alimentation, sont pollués non seulement par le glyphosate mais par ses co-formulants (composés de résidus de pétrole toxiques et d’arsenic).

POUR une agriculture sans pesticide

Nous savons maintenant qu’une agriculture agro-écologique pourrait nourrir la planète. Des agronomes et des agriculteurs proposent déjà des alternatives.

L’agriculture dite conventionnelle s’appuie sur des béquilles chimiques dont les consommateurs ne veulent plus et qui sont insoutenables pour la planète.

 

S’engager et soutenir cette campagne répond à un engagement personnel, citoyen, non-violent et responsable :

 

« Je me lève pour affirmer mon refus d’être en permanence exposé à des pesticides qui mettent en danger ma santé, celle de mes proches et celle de tous les êtres vivants sur terre ».

 

 

 

 

 

CAMPAGNE GLYPHOSATE 46 – glypho46@riseup.net

Tel : 06 60 22 23 54

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Bretenoux : blocage du chantier Macdonald le 17 juin // Action Nationale Agir contre la réintoxication du monde !

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Lot.

Le collectif « Construire le monde d’après » ne veut pas d’un McDonald’s à Bretenoux

Sur place depuis 6 h du matin nous étions une cinquantaine à installer le blocage du chantier de construction du Macdo : Brebis au premier plan et installation d’un point Café & collations abrité devant l’entrée grillagée du chantier ou étaient enchainés 2/3 camarades.

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Sur le toit du macdo une banderole était installée en toute sécurité et évidemment sans aucune détérioration de matériel.

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Une petite intervention des gendarmes pour inciter à descendre du toit pour des raisons de sécurité, en vain !!

 

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communiqué de presse  17/06/2020

Le Monde d’Après … Construisons-le !

Depuis la fin du confinement, la pollution repart en flèche et la catastrophe écologique se redéploie partout au nom des mêmes impératifs marchands, avec le même aveuglement.

Visiblement, rien ne fera bifurquer les lobbies et gouvernements si on ne les y contraint pas maintenant !

Localement, un collectif de citoyens s’est mobilisé par rapport à la construction d’un nouveau McDonald’s à Bretenoux. Malbouffe, OGM, agriculture industrielle, obésité, bétonisation des sols, emplois précaires, déchets et emballages, évasion fiscale… Nous n’en voulons pas !!

Comme nous ne voulons pas non plus de projets absurdes tels que : la Cité de la mode à Souillac, le méthaniseur de Gramat et autres projets identiques, privatisation du lac du Tolerme, parcs solaires et éoliens surdimensionnés qui défigurent nos paysages. Le Lot a autre chose à offrir !

Une agriculture paysanne diversifiée, des commerces de proximité, une alimentation saine et locale, des emplois pérennes et qui ont du sens, un artisanat de qualité, un tourisme nature à échelle humaine et des services publics préservés.

Nous nous inscrivons dans l’appel du 17 juin « Non à la réintoxication du monde » et proposons à ceux et celles qui veulent nous rejoindre de nous retrouver le samedi 20 juin à partir de 10h au parc Ayroles à Bretenoux pour échanger, se rassembler et commencer à construire le monde d’après.

Collectif « Construire le monde d’après »,
Les Faucheurs volontaires,
Confédération paysanne du Lot.





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Dès 7h des cafés et collations ont été offert aux ouvriers, gendarmes et RG.. que nous avons accueillis cordialement et pacifiquement. Un dialogue a pu s’établir avec tous ainsi qu’avec le maire arrivé un peu plus tard.

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Selon le maire Pierre Moles (nouvellement réélu) et son premier argument : le « Macdonald » ramènera les jeunes à Bretenoux !!

En attendant il coûte de l’argent aux contribuables via des aménagements de chaussée etc.. qui seront en partie payés par la mairie, sans compter les avantages fiscaux accordés à ces multinationales de l’agro-industrie. C’est à dire pour être clair des complices de l’écocide en cours. Macdonald a eu et a encore de nombreux procès avec ses employés concernant ses conditions de travail ainsi que des problèmes de fisc et un vaste système de corruption pour rétrocommissions etc…

https://www.bfmtv.com/economie/consommation/mc-donald-s-chercherait-a-eviter-son-proces-pour-fraude-fiscale_AN-201901240071.html

(https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/05/09/mcdonald-s-proces-d-un-vaste-systeme-de-corruption_5124895_1653578.html)

Pour ce qui est des ouvriers et sociétés qui participent au chantier aucune n’est locale, ceux rencontrés ce matin venaient du 91 et ils réalisent tous les chantiers Macdo de la France. Tous ces ouvriers « délocalisés » que nous avons interrogés n’ont pas les mêmes conditions de prise en charge d’hébergement: certains sont logés en mobilhome et d’autres sans ou très peu de défraiements…

Quand aux habitants et commerçants de Bretenoux que des membres du collectif ont rencontrés, tous n’étaient pas au courant et surtout aucune consultation municipale n’a été lancée. Beaucoup n’apprécient pas cette implantation qui serait plébiscitée d’après le maire par 90% voir 95% de la population !! Comment ces chiffres lui sont parvenus ??

Pour ces habitants la priorité ce sont des infrastructures qui manquent style skatepark ou autre pour les plus jeunes de Bretenoux .. avant ce Macdo qui coute déjà pour la communauté.

Exercice de démocratie remarquable!!






 

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(source / Sophie Mitrani/La Dépêche Publié le 18/06/2020)

 

Rien à voir avec l’action altermondialiste qui, il y a 20 ans, avait conduit au « démontage » du chantier du McDonald’s de Millau. Hier, c’est calmement mais par une présence symbolique forte que le collectif « Construisons le monde d’après » a pris place sur le chantier du McDo de Bretenoux.

Une cinquantaine de manifestants se sont rendus autour du chantier du restaurant McDonald’s de Bretenoux, dès 6 heures du matin, hier. Des habitants, citoyens militants, ainsi que des représentants de la Confédération paysanne et des faucheurs volontaires du Lot se sont ainsi réunis au sein du collectif « Construire le monde d’après ».

Ensemble, ils participaient ce mercredi à l’appel du 17 juin « Non à la ré-intoxiction du monde ». « Depuis la fin du confinement, la pollution repart en flèche et la catastrophe écologique se redéploie partout au nom des mêmes impératifs marchands, avec le même aveuglement », constatent-ils.

Adeline Garric, agricultrice, avait amené 13 brebis dans un petit enclos improvisé à la hâte sur le chantier. Une camionnette barrait la route sur un des accès et une petite barricade constituée de paillage et de petites plantations sur l’autre côté. Un groupe de musiciens est également arrivé vers 7 h 30 pour animer la manifestation de ses chansons engagées.

De grands parasols ont été déployés, abritant café et croissants qui ont été partagés entre les manifestants et les ouvriers du chantier et proposés également aux forces de l’ordre.

Rapidement, la discussion s’est engagée entre les différentes parties. Dans une ambiance calme, les militants ont dit leur refus « de projets absurdes tels que la cité de la mode à Souillac, le méthaniseur de Gramat, les parcs solaires et éoliens surdimensionnés qui défigurent nos paysages », revendiquant : « Une agriculture paysanne diversifiée, des commerces de proximité, une alimentation saine et locale, un tourisme à échelle humaine ou encore des services publics préservés ».

Pierre Moles, maire de Bretenoux, Laurent Escarpe, son premier adjoint, sont arrivés sur les lieux à 7 h 45 pour discuter avec les porte-parole de ce mouvement. Alain Dumazel, élu de Bretenoux, en charge de la communication, était également sur place.

Le chantier de construction de l’enseigne de restauration rapide McDonald’s avait repris le 4 mai, les travaux ont été interrompus, toute la matinée d’hier.

Le collectif « Construire le monde d’après » propose d’élargir le débat, ce samedi 20 juin, à partir de 10 heures, autour d’une rencontre au parc Ayroles à Bretenoux et d’un pique-nique.

 

La direction de McDonald’s

La rédaction du Lot a sollicité le maire de Bretenoux pour réagir à cette action, il n’a pas donné suite à notre proposition. Contacté la direction de McDonald’s France nous a fait parvenir un communiqué: « La direction du restaurant tient à rappeler son plein engagement dans le cadre de la démarche environnementale dans laquelle l’enseigne travaille désormais depuis plus de 20 ans. Par ailleurs, nous continuons de travailler sur ces sujets dans le cadre d’une nouvelle feuille de route ambitieuse en faveur de la transition écologique. McDonald’s s’engage notamment à réduire de 35% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 avec 3 priorités: 0 diesel en logistique, 0 ustensile en plastique à usage unique et valorisation & recyclage des emballages dans 100% des restaurants ».





 

(Source/ actuLot le 18 Juin 2020)

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Lot. Le collectif « Construire le monde d’après » ne veut pas d’un McDonald’s à Bretenoux

Plusieurs dizaines de militants de la Confédération paysanne du Lot avec Les Faucheurs volontaires, ont manifesté sur le chantier de construction du McDonald’s à Bretenoux.

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L’action de sensibilisation menée mercredi 17 juin 2020 sur le chantier du McDonald’s de Bretenoux, s’est déroulée de manière pacifique, sous le regard de la gendarmerie et avec un échange avec Pierre Moles, le maire le maire de Bretenoux. (©DR )

Les membres du Collectif « Construire le monde d’après », avec Les Faucheurs volontaires, la Confédération paysanne du Lot, s’indignent de voir repartir la pollution. Ils dénoncent « l’aveuglement qui préside au développement économique ». Le 17 juin 2020, plusieurs dizaines de militants sont venus dire « non » à la construction d’un McDonald’s à Bretenoux.







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Rendez-vous samedi 20 juin à partir de 10h au parc Ayroles à Bretenoux

Nous nous inscrivons dans l’appel du 17 juin « Non à la réintoxication du monde » et proposons à ceux et celles qui veulent nous rejoindre de nous retrouver le samedi 20 juin à partir de 10h au parc Ayroles à Bretenoux pour échanger, se rassembler et commencer à construire le monde d’après. »

 

Contacts:

lemondedapres@riseup.net

conf.paysanne.lot@gmail.com

 

L’action de sensibilisation menée mercredi 17 juin 2020 sur le chantier du McDonald’s de Bretenoux, s’est déroulée de manière pacifique, avec pose de banderoles et installation de moutons.  (©DR )

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 Bilan de cette journée au niveau national

A 20h30, plus de 50 actions à travers le pays!

Aujourd’hui s’est matérialisée une grande vague de luttes de terrain contre la réintoxication du monde. Dès 6h du matin, les premiers
blocages de sites de productions et chantiers ont commencé. A 20h nous avions déjà reçu des retours sur plus de 50 actions.

Blocages de cimenteries à Toulouse et à Saint Barthélémy d’Anjou (49), d’usine de physanitaires à Marseille, du chantier de la ligne 17 à Bonneuil, occupation de jardins contre la bétonisation à Besançon ou d’un chantier de McDo à Bretenoux , livraison d’un colis géant au Ministère de l’économie à Paris et déploiement de banderoles sur le Pont du Gard contre Amazon, rassemblement et blocage des travaux contre la destruction de la forêt du Madrillet à Rouen, mise hors service de terminaux de paiement dans des stations Total parisiennes ou de multiples publicités à Marseille, déversement de fumier et peinture sur les locaux de Bayer Monsanto à rennes, blocage de l’aéroport de Nantes Atlantique, pique niques contre l’urbanisation d’une zone humide au Carnet ou un chantier de fluidification du trafic dans le Percy, remise du prix Pinocchio par des Vikings à la multinationale Yara et occupation de terres menacées par un projet 

d’urbanisme à Dijon, mobilisation contre une ferme usine de 178000 poulets dans le Morbihanet pistes cyclables sauvages à Amboise…etc.
La liste (quasi) complète est trouvable ci-dessous et les nouvelles continuent d’arriver! Un retour plus détaillé sera envoyé demain.

Toutes ces mobilisations locales dessinent une première cartographie post-confinement de sites de production destructeurs qui doivent
s’arrêter, de sites naturels – forêts, zones humides, terres cultivables – qui ne doivent pas être artificialisées, de projets insensés auxquels il faudra les faire renoncer. Nous savons que cela nécessitera de revenir régulièrement sur tous ces lieux, d’en habiter certains, d’en faire muter d’autres, de continuer à se coordonner et de lancer de nouvelles vagues de mobilisations encore plus amples et déterminées.

C’est seulement à cette condition que nous parviendrons peut-être à maintenir des conditions d’existence possibles et désirables pour nous comme pour le reste du vivant, hors du nihilisme marchand. Si nous pouvons être ce soir porté.e.s par un sentiment d’espoir c’est bien
parce que cette vague d’action n’est pas isolée mais qu’elle se mêle cette semaine aux mouvements des soignant.e.s et aux grand surgissement maintenant mondial contre le racisme et les violences policières. A bientôt pour l’acte 2 et bravo à toutes celles et ceux qui ont agi aujourd’hui !

Bayer: Un tribunal US bloque la commercialisation de l’herbicide dicamba

(source / Reuters 4 JUIN 2020)

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Bayer: Un tribunal US bloque la commercialisation de l’herbicide dicamba

                     

Le groupe agrochimique allemand Bayer pourrait être empêché de vendre son herbicide dicamba aux États-Unis après le rejet mercredi par une cour d’appel de l’autorisation du régulateur fédéral pour ce produit.

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(Reuters) – Le groupe agrochimique allemand Bayer pourrait être empêché de vendre son herbicide dicamba aux États-Unis après le rejet mercredi par une cour d’appel de l’autorisation du régulateur fédéral pour ce produit.

La cour d’appel a estimé que l’agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA) avait largement sous-estimé les risques liés à l’herbicide et n’avait pas tenu compte d’autres risques associés au produit.

Le tribunal a estimé également que l’EPA avait violé les réglementations fédérales et n’avait jamais déterminé si une prolongation de l’enregistrement de l’herbicide de deux ans supplémentaires pourrait conduire à un monopole ou un quasi-monopole.

Dans un communiqué, Bayer a expliqué que ce jugement porte sur la décision d’homologation de l’EPA de 2018, qui expire en décembre de cette année, et qu’il s’efforce d’obtenir une nouvelle homologation de l’EPA pour l’herbicide pour 2021 et au-delà.

“Sur la base des actions de l’EPA et si la décision est contestée avec succès, nous travaillerons rapidement pour minimiser l’impact sur nos clients cette saison”, a déclaré le groupe allemand.

L’EPA avait imposé des restrictions sur l’usage du dicamba en novembre 2018, craignant des dommages éventuels aux cultures entourant les zones où le produit est appliqué.

En février, Bayer a annoncé faire appel de la décision de justice lui imposant de payer, avec BASF, 265 millions de dollars de dommages-intérêts à un agriculteur du Missouri qui avait attribué au dicamba la destruction de ses pêchers.

 

POUR RAPPEL :

En Europe, le dicamba est autorisé depuis 2008 et 27 pays l’utilisent, dont la France. Toutefois, il est beaucoup moins répandu dans l’hexagone que de l’autre côté de l’Atlantique car la culture des OGM y est interdite.

POISON: Le dicamba est un herbicide à large spectre, comme le glyphosate, et existe depuis longtemps. Mais son utilisation s’est intensifiée depuis que Monsanto, la firme américaine récemment rachetée par Bayer, commercialise des semences de soja et de coton génétiquement modifiées pour y résister. Une aubaine pour certains exploitants au moment où les mauvaises herbes deviennent de plus en plus résistantes à d’autres désherbants. Le problème, c’est que le dicamba se disperse facilement et tue les plantes qui ne sont pas adaptées. Il a ainsi pollué environ 4% des champs de soja aux Etats-Unis en 2017.

 

Lors de l’action des faucheurs contre TRISKALIA                                                                     à Glomel/Bretagne le 27 septembre 2018 de gros stocks de Dicamba                               ont été découverts  sous différents noms!!!!





(source / Zonebourse 4  JUIN 2020)

Bayer : La valeur du jour en Europe BAYER empoisonné par le dicamba

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Bayer abandonne 2,6% à 63,40 euros pénalisé par une mauvaise nouvelle concernant le dossier dicamba aux Etats-Unis. Une cour d’appel a rejeté l’autorisation du régulateur fédéral pour ce pesticide accusé de contaminer les terres et dévasté les cultures. Selon la justice, l’agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA) a notamment largement sous-estimé les risques liés au produit hérité de Monsanto acquis en 2018 pour 63 milliards de dollars, et n’avait pas tenu compte d’autres risques associés au produit.

Dans un communiqué, Bayer a rappelé que ce jugement portait sur la décision d’homologation de l’EPA de 2018, qui expire en décembre de cette année, et qu’il s’efforce d’obtenir une nouvelle homologation de l’EPA pour l’herbicide pour 2021 et au-delà.

Les ennuis continent donc de s’accumuler pour le groupe allemand. En février dernier, un tribunal américain avait condamné Bayer, ainsi que BASF, qui commercialise un autre produit à base de dicamba, à verser une indemnité de 265 millions de dollars à un agriculteur du Missouri, qui accusait dicamba d’avoir détruit ses vergers de pêches.

Le groupe allemand avait alors annoncé son intention de faire appel de la décision de justice.  » Nous estimons que les preuves présentées au cours du procès ont démontré que les produits de Monsanto n’étaient pas responsables des pertes invoquées « , avait assuré le groupe dans un communiqué.

Pour autant, Bayer est loin d’en avoir fini. La société doit encore affronter plus de 140 procès aux Etats-Unis… Sans parler des milliers de plaintes liés au Roundup.

A cet égard cependant, le groupe pourrait connaître une embellie. Fin mai, Bloomberg a révélé que le géant allemand de la chimie avait conclu des accords verbaux avec une grande partie des 125 000 plaignants accusant son désherbant Roundup d’avoir provoqué le cancer. Les accords, qui doivent encore être signés, concerneraient entre 50 et 85 000 plaintes sur un total de 125 000 a précisé l’agence de presse.

Cette dernière rappelle que Bayer a prévu une enveloppe de 10 milliards de dollars pour mettre fin à une bataille juridique longue et couteuse débutée avec le rachat de l’américain Monsanto en 2018.

 

Pesticides/Conseil d’Etat: les épandages peuvent se poursuivre près des habitations !!

(source: Le Monde/15 mai 2020)

Pesticides : pour le Conseil d’Etat, les épandages peuvent se poursuivre près des habitations malgré le Covid-19

Dans une ordonnance rendue le 15 mai, la haute juridiction valide les dérogations accordées pendant la crise sanitaire pour réduire les distances de sécurité.

Dans un vignoble, à Macau, près de Bordeaux, en 2012.

Dans un vignoble, à Macau, près de Bordeaux, en 2012. JEAN-PIERRE MULLER / AFP

Les agriculteurs peuvent continuer à épandre des pesticides à proximité des habitations, en dépit du confinement au cours duquel certains riverains ont été davantage exposés. Telle est en substance le message adressé par le Conseil d’Etat dans les ordonnances rendues vendredi 15 mai. La plus haute juridiction administrative a rejeté deux requêtes qui lui avaient été adressées en urgence. Les décisions sur le fond ne sont pas attendues avant plusieurs mois.

Le premier recours, du Collectif des maires anti-pesticides, visait à obtenir l’annulation du décret du 27 décembre 2019 instaurant des distances minimales d’épandage à proximité des habitations. La centaine de maires a multiplié les arrêtés ces derniers mois. Ils prônent au moins 150 mètres quand le gouvernement a retenu dix mètres pour les cultures hautes (vignes ou arbres fruitiers) et cinq mètres pour les cultures dites « basses » comme les céréales et les salades.

Riverains davantage exposés

Le deuxième recours, émanant d’un regroupement d’associations (Générations futures, UFC-Que choisir, France Nature Environnement, Union syndicale Solidaires, la Ligue pour la protection des oiseaux, Alerte médecins pesticides, le collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest ou encore Eau et rivières de Bretagne) demandait l’annulation de textes offrant des dérogations aux agriculteurs afin de pouvoir pulvériser des pesticides encore plus près des habitations sans passer au préalable par une phase de concertation publique prévue pourtant dans ledit décret. Une situation dont se sont plaints nombre de riverains, encore davantage exposés pendant la période de confinement.

(La suite de l’article du Monde est réservée aux abonnés)

Pandémie démocraticide : entretien Alain Damasio

(source Reporterre 28 avril 2020)

 

arton20296-36395Alain Damasio : « Pour le déconfinement, je rêve d’un carnaval des fous, qui renverse nos rois de pacotille »

Comment penser les conséquences politiques, collectives et individuelles de la pandémie de Covid-19 et du confinement? Dans cet entretien, l’écrivain Alain Damasio remet notamment le concept de biopolitique au goût du jour, s’intéresse à notre rapport à la mort, vante le pouvoir de l’imaginaire et de l’expérience vécue, indispensables pour envisager une autre suite.

Alain Damasio est écrivain de science-fiction. Son dernier roman, Les Furtifs, a été publié en avril 2019 aux éditions La Volte.

Reporterre — Êtes-vous en colère avec ce qui se passe en ce moment ?

Alain Damasio — Clairement, je suis en colère, mais pas contre la pandémie elle-même. Je perçois et vis ce virus comme complètement naturel. Je suis en colère contre la façon dont notre gouvernement gère cette crise d’une façon pathétiquement verticale, centralisée et ultra sécuritaire, en faisant assumer à la population son incompétence crasse. Sur les trois axes clés de la lutte, à savoir les tests, les masques et les lits,la Macronerie a totalement échoué, rendant obligatoire ce confinement qu’on subit.

Ce gouvernement nous martèle depuis deux ans : « Nous sommes l’innovation, nous sommes la réactivité, nous sommes la performance », et au moment crucial où il faudrait « performer », plus personne ! Jugeons Macron et ses laquais sur leurs propres critères, c’est-à-dire en tant que managers supposés de « la start-up nation ». Même se procurer des masques, négocier les achats, ils en ont été incapables. C’est une faillite complète. Et si l’on met ça en regard avec ces infirmières qu’on a matraquées et gazées à bout portant un mois avant le déclenchement de la pandémie, avec les grèves et démissions des médecins qui ont été traités avec un mépris absolu avant d’être érigés en héros, oui, ça fout la rage ! Mais cette rage, il faut l’apprivoiser et en faire quelque chose. La transformer en rage du sage.

Mais quand le président de la République parle, 36 millions de personnes l’écoutent. Les contrôles de police sont acceptés. Il n’y a pas de contestation du confinement. Comment mettez-vous en regard cette faillite du néolibéralisme et le fait que sa gestion est acceptée par la population ?

On vit en démocrature, il faut quand même le réaliser ! Aucune des décisions prises sur cette pandémie n’a respecté la moindre ébauche de débat démocratique. On subit les choix d’un Prince aux yeux crevés. Le seul levier qu’ils actionnent est la peur : sa gestion triviale, son emprise évidente, son aérodynamisme pour pénétrer les corps et les têtes  d’une population choquée. Au lieu de faire de la médecine — c’est-à-dire de tester, d’isoler et de traiter — les macronards ont fait dans le moyenâgeux, la petite terreur quotidienne et le flicage. Ils on maximisé l’angoisse des citoyens. La « grande » presse, tenue par les milliardaires amis de Macron, joue bien ce jeu. Chaque jour, elle assène en page d’accueil le total des morts. On nous dit 20.000 morts, le lendemain 21.000 morts, et après 22.000! Sans jamais relativiser ce que signifie ce chiffre. Quel média rappelle qu’en France, il y a 660.000 morts par an et qu’avec le Covid, on va simplement avoir une surmortalité de 5 % à 10 % en 2020 ?

En réalité, ce qui importe serait de comprendre ce que ces morts signifient pour un pays de 67 millions de personnes. En valorisant spécieusement le total cumulé des morts, on construit un storytelling de l’anxiété, voire de la panique : « Oh la la, tu te rends compte, 20.000 morts ! », comme s’ils avaient péri sous une bombe en une nuit! Si tu ancres jour après jour ce récit d’une catastrophe croissante, tu inclines les citoyens à chercher fébrilement un pôle de réassurance, qui ne peut alors être que le gouvernement, sorte de père/mère de la Nation.

On le sait : quelle que soit la crise — terrorisme, pandémie, guerre —, n’importe quel président en place gagne 15 à 20 points de popularité juste parce que la figure d’une autorité rassure. Ça joue aussi pour Macron, même si cette IA [intelligence artificielle] mal programmée est inapte à témoigner la moindre compassion, que ce type est un sociopathe absolu et qu’on mesure à quel point, dans ce moment tragique, il n’y a pas une once de spiritualité ou de grandeur dans sa vision du monde.

Les morts du coronavirus sont relativement peu nombreux, si on met en rapport le chiffre avec le nombre habituel de morts…

Oui, il faut rester conscient des ordres de grandeur. Il y a eu par exemple une grippe restée célèbre entre 1968 et 1970, avec 31.000 morts en France, qui n’ont engendré quasiment aucune réaction dans le corps social à l’époque. Le chômage est considéré comme causant, par mortalité indirecte, à peu près 15.000 morts par an. La grippe saisonnière il y a deux ans a fait 13.000 morts. Donc, il y a de nombreuses causes de mortalité aussi puissantes et statistiquement fortes. Et qui ne débouchent pas sur cette gestion militaire… À partir du moment où un État, la Chine, a commencé à médiatiser le coronavirus, la comparaison publique mondiale a fait qu’il n’était plus possible pour un État de jouer l’immunité de groupe quand d’autres confinaient a maxima. La visibilité médiatique des morts ne laisse plus le choix et c’est sans doute tant mieux pour les vies sauvées. Ensuite, la biopolitique a fait le reste : un État néolibéral est voué à préserver et développer ses populations, qui sont sa force productive. Il doit « gérer la vie », comme l’a montré Foucault, même si ça doit tuer sa vache sacrée qu’est l’économie.

Vous évoquez l’exploitation de la peur et les exigences d’une biopolitique pour expliquer le traitement confiné de cette pandémie, soit. Mais quand on voit que quatre milliards d’humains sont confinés, n’y a-t-il pas autre chose qui se joue?

Bien sûr, quelque chose de plus profond se joue. Ce qui me semble passionnant est que de nombreux malades du Covid-19 ne meurent en réalité pas de la prolifération du virus, mais d’une hypertrophie de la réaction immunitaire. Cet emballement des défenses immunitaires, on la retrouve par analogie dans l’hystérie de notre réaction politique et sociale, qui trahit selon moi un refoulé majeur de nos civilisations actuelles : on ne supporte plus ni la maladie ni la mort. On se rêve dans l’immunité absolue. Ça pourrait être une bonne nouvelle, la preuve d’un amour pour la vie. Et ça l’est sans doute pour ceux qui soignent. Moi, j’y lis plutôt en creux une perte de vitalité latente dans nos sociétés. J’ai cette intuition qu’on a moins peur de mourir, voire plus peur du tout, lorsqu’on a bien vécu. Plus on a le sentiment d’avoir fait quelque chose de sa vie, d’avoir éprouvé et habité chaque instant« comme si c’était le premier, comme si c’était le dernier », pour reprendre Épicure, mieux on peut accueillir la mort.

Après, un gouvernement, même aussi sourd que le nôtre, prend ses décisions par rapport à une sensibilité publique qui peut recevoir ou non ce qu’il propose. Le confinement est si bi accepté parce qu’il reconduit cette illusion de la bulle immunitaire. Et il la reconduit pour chaque individu, foyer par foyer, en la vitrifiant dans le numérique, qui est le dispositif idéal de la « distanciation » sociale.

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« Pourquoi l’État surréagit-il face au terrorisme, se demandait Foucault (PHOTO), alors que le terrorisme fait en réalité extrêmement peu de morts ? Il a répondu que l’État se doit d’apparaître comme le garant de notre sécurité existentielle. C’est ce pacte de sécurité qui fait qu’on en accepte les disciplines et le contrôle. »

Bref, notre confrontation anthropologique à la mort a profondément muté sans qu’on en soit vraiment conscient. On le découvre à travers cette pandémie rare.

Pour prendre un exemple : j’ai été sidéré que l’interdiction faite aux proches d’aller soutenir leurs parents alors qu’ils sont en train d’agoniser, de « partir », ait été acceptée si facilement. À titre personnel, ça me paraît inadmissible et scandaleux. Mon père ou ma mère serait en train de crever, j’entrerais de nuit dans l’Ehpad, je sauterais les grilles avec mon frère, j’escaladerais la façade, je ferais n’importe quoi mais je ne les laisserais jamais mourir seul sous respirateur… L’accompagnement des vivants auprès des morts fait partie du lien le plus fondamental. On se rend compte que le refoulement de la mort est devenu tellement puissant, sa conjuration tellement ancrée dans nos sociétés que, quand la mort ressurgit, qu’on nous la met devant les yeux, on la fuit. On n’accepte au fond de l’affronter que sous forme de chiffres et de courbes. Je suis d’ailleurs fasciné par un détail bizarre : à quel point la courbe exponentielle des décès incarne finalement la courbe parfaite d’une économie florissante. Je ne sais pas ce qu’il faut en tirer, mais c’est la courbe de croissance dont rêverait tout entrepreneur pour son business…

Refoule-t-on la mort parce qu’on est coupé                de la vie ?

C’est ma conviction et la source de mon combat depuis trente ans : cette sensation que notre Occident est en voie de dévitalisation avancée. La plupart de nos relations au vivant ont été coupées. En nous et hors de nous. On a tranché nos liens avec la vie, avec les animaux, les maquis, les forêts, et même avec le cœur physique de notre vitalité. Cette sensibilité du corps
au monde, cette chair vibrante désormais épaissie comme un mauvais cuir par nos technococons. On accède au monde par une chrysalide de fibres optiques. Et on confond la vibration de ses fils avec les vibrations du dehors.

J’ai des amis qui ne sortent plus depuis un mois. Pas une fois. De quoi ont-ils peur exactement ? De mourir ? De souffrir ? De la maladie ? De contaminer les autres ? Est-ce qu’ils savent que vivre est une maladie mortelle? Que le risque est consubstantiel à la fragilité magnifique du vivant ? C’est le fond ontologique du problème. Tout ce qui conjure le rapport à la mort est vécu comme désirable. On peut applaudir des lois incroyablement liberticides si elles prétendent sécuriser notre rapport à la mort. Un copain m’a même dit :« On sera bien content d’êtres libres, tiens, quand on sera mort ! » Pour lui, ça absout les pires lois d’avance. Pour moi, il ne voit pas qu’on est déjà mort si l’on raisonne comme ça. Mort-vivant, oui. Zombie quoi !

Dans cette logique, le seul critère de bon gouvernement serait que le gouvernement assure la vie biologique de ses sujets ou de ses citoyens ?

Je reviens à l’analyse si forte de Foucault sur le terrorisme,dans un texte de 1977 : pourquoi l’État surréagit-il face au terrorisme, se demandait-il, alors que le terrorisme fait en réalité extrêmement peu de morts ? Foucault répond que l’État se doit d’apparaître comme le garant de notre sécurité existentielle. C’est ce pacte de sécurité qui fait qu’on en accepte les disciplines et le contrôle. Il doit nous garantir que rien ne viendra déchirer la trame ordinaire de nos existences protégées.

Quand cette déchirure survient, par un attentat ou une pandémie comme ici, l’État doit apparaître comme une sorte de Big Mother de la sollicitude. Il doit se soucier de nous et nous préserver de tout risque au maximum, afin qu’on puisse poursuivre nos existences hygiénistes et calfeutrées, où la mort est toujours repoussée, toujours cachée, toujours enfouie. Et tout ça finit avec des amis dont la mère a été mise dans un sac plastique dans une chambre froide à Rungis, sans qu’ils puissent jamais lui dire au revoir.

Si, en fait, c’est nous qui acceptons cette coupure avec le vivant, est-ce que le gouvernement ne répond-il pas à un désir profond de la société ?

Je n’ai jamais cru que le pouvoir tombe du ciel et nous soit purement imposé. Il a nécessairement une dimension « émergente » issue des peuples, qui lui donne son assise et son efficacité. On a toujours les pouvoirs qu’on mérite, qu’on espère secrètement ou qu’on consent à subir — et aussi une faculté prodigieuse à la servitude volontaire. Oui,« les masses peuvent désirer le fascisme », comme le rappelaient Deleuze et Guattari. En 2020, nos sociétés européennes sont globalement sorties du régime disciplinaire, même si on a avec Macron un retour de la verticalité, un retour bien dégueu du répressif — c’est le côté has been de Macron, qui n’est absolument pas moderne. La gestion d’un Hollande était beaucoup plus moderne dans le sens où il était dans le registre du contrôle et de la réponse souple à une demande latente de la population. Mais, quoi qu’il en soit, ces politiques sécuritaires ne pourraient pas être mises en place si elles ne répondaient pas à une demande sociale extrêmement forte de contrôle, de réassurance et de « sérénité ». S’il y a une responsabilité dans cette crispation sécuritaire, elle est pleinement collective.

Comment sortir de là, alors ?

Je suis tenté de faire un parallèle avec le numérique : tu peux incriminer les Gafa[Google, Apple, Facebook, Amazon], mais personne ne t’oblige à t’inscrire sur un réseau social aussi fliqué que Facebook, à utiliser Google (la machine de guerre du traçage) comme moteur de recherche, à laisser tes courriels être lus par des collexiqueurs. Nous sommes parfaitement libres d’utiliser ou non ces outils hautement tracés. Ces entreprises vont tout faire pour nous pousser à la dépendance, bien sûr. C’est leur cœur de business : designer la dépendance, revendre les traces. Mais il y a toujours moyen de refuser, d’y échapper, d’utiliser Framasoft, des moteurs et des logiciels libres. De ne pas avoir de smartphone. Ce combat est d’abord à mener entre soi et soi, pour savoir jusqu’à quel point — au nom de la sécurité, du confort et de la paresse — on est prêt à cesser d’être une femme ou un homme libre.

Comment changer le psychisme collectif ?

Il y a un mot de Péguy que j’adore, qui serait comme un virus pour faire muter nos psychismes : « Ne pas vouloir être tranquille d’avance. » Ça pourrait être une base éthique.

Il y a aussi les sources d’information et de réflexion : le travail fantastique qu’assure la presse indépendante comme Reporterre, Mediapart, Socialter, Ballast, Terrestres… mais aussi pleins de petits sites, de petits blogs rigoureux et profonds… À travers leurs entretiens et leurs articles, ils vont en appeler à la pensée et nous aider à déconstruire nos aliénations. Prendre du recul sur la peur, par exemple…

Sauf que cette approche rationnelle est vite asséchante si on ne l’articule pas à des imaginaires « empuissantant ». J’entends : des idées, des sensations, des perceptions qui nous arrachent à nos habitudes, redonnent une puissance à nos désirs mutilés; des univers qui activent l’envie de vivre autrement en prenant ce monde-ci à bras-le-corps.

Cet imaginaire n’est jamais mieux porté à mon sens que par les récits. Parce qu’un récit a cette faculté de mettre en scène des personnages auxquels on s’identifie et qui deviennent de vecteurs affectifs qui nous engagent : à partir du moment où l’on s’identifie à un personnage, on va ressentir ce que le personnage éprouve. Et si ce personnage est une révoltée, qui se bat, une héroïne qui construit une  vie alternative, libre et collective, et que l’on met ça en scène dans une histoire riche, où l’empathie et la générosité l’emportent sur le survivalisme perso,
qui n’aurait envie de s’en inspirer ? Un film, une série ou un livre font traverser un vécu. Ce que tu vis avec les personnages va rester en toi au même titre que ce que tu as vécu avec tes amis ou ta famille. Ça crée une familiarité avec certaines situations hors norme : la catastrophe, la guerre, une révolution. Quand surviennent ces événements inattendus, ton comportement va s’appuyer sur tout ce qu’a nourri cette mémoire. Yves Citton, qui a beaucoup travaillé sur la notion d’imaginaire, dit : « Le récit préscénarise les comportements. »

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« On retiendra aussi la réduction de la pollution en ville, un silence nouveau, la disponibilité que beaucoup ont retrouvé en confinement, en levant le pied malgré eux, les espèces qui reviennent occuper leurs biotopes… »

Quel imaginaire joue quand, face à l’inattendu, la société s’enferme ?

C’est l’imaginaire de la peste, de la collapsologie, des explosions nucléaires, du« post-apo » ! C’est ma came quoi ! [rires] D’autres solutions étaient possibles mais on s’est rabattu sur une gestion moyenâgeuse qui rassure car elle est ancrée dans nos mémoires collectives. Il « aurait fallu » tester avant, remonter à la source de la diffusion, repérer et isoler les foyers d’infection, etc. Je vois pourtant un côté positif dans la plasticité de notre réaction collective. Nous nous sommes adaptés très vite à la nouvelle configuration sociale. On sait très bien qu gouvernement a fait de la merde, qu’aujourd’hui on n’a plus le choix et qu’on est obligé de se confiner. Alors les gens jouent le jeu et mettent en place des solidarités multiples. Ça, c’est très beau. Cette plasticité, je la trouve admirable quand elle repense le partage.

En même temps, la pandémie montre qu’on peut aussi tolérer des restrictions monstrueuses de nos libertés extrêmement vite. L’empreinte du confinement préforme un renoncement. Parce qu’on y expérimente une liberté très restreinte, qu’on s’y sera plié par nécessité, puis par habitude. L’expérience qu’elle tatoue en nous m’inquiète : la « distanciation » sociale, se tenir loin des gens, ne plus se faire la bise, barrer son visage par un masque comme on placerait un bâillon sur sa bouche, se méfier des autres« par principe », « au cas où ». Et faire la queue pour manger, écouter religieusement le Président nous parler tous les quatre jours, n’avoir accès au monde qu’à travers les écrans, tenir son corps immobile et voir son esprit happé par

l’économie de l’attention… Plein de perversions se mettent en place dont j’ai peur qu’elles suscitent, sur le linge de nos peaux, des mauvais plis qui ne partiront pas. Ou mal.

Comment résister ? Comment faire dévier le cours disciplinaire de la biopolitique mondialisée ? Parce que l’un des aspects essentiels de ce qui nous arrive est que cela se déroule à l’échelle mondiale.

Un ordre légal n’est pas forcément légitime. C’est la clé de la désobéissance civile, qui vaut en crise sanitaire comme sous attentat terroriste. On n’a pas à obéir à l’aberrant, voilà, c’est tout. L’État pratique une infantilisation extraordinaire qu’on doit absolument refuser.

En Allemagne, on prend les citoyens pour ce qu’ils sont : des adultes. La confiance qu’on leur fait suscite une solidarité sociale des comportements, pas des soubresauts de moutons rétifs. Ensuite, il faut résister à la peur. Et pour ça, ceux qui ont une parole publique — médias, politiques, artistes, penseurs — ont la responsabilité de travailler sur ces imaginaires de la trouille et de les inverser. Ce beau mot d’encourager : redonner courage.

Dans les idées sur l’après, il y a celle, prometteuse, de refonder un CNR, Conseil national de la Résistance, sur de nouvelles bases.

Pour le déconfinement, je rêve d’une chose simple : un vrai carnaval des fous, comme a Moyen-Âge, qui renverse nos rois de pacotille. Un carnaval immense, dès le 12 mai. Avec des masques fabriqués, artisanaux, inventifs, et ce mot de désordre : « Stop ! On ne reprend pas les choses comme avant ! On ne reprend pas ce monde tel qu’il est. Gardez-le, ce monde du burn-out, de l’exploitation de tous par tous, du pillage généralisé du vivant ! Halte-là ! On ne reprend aucun de vos produits : ils sont périmés ! »

On continue la grève générale ?

Oui, parce que concrètement, on est très proche des effets d’une grève générale confinement a réussi ce qu’aucune lutte écologique, aucune lutte sociale n’avait fait depuis cinquante ans. Le virus a stoppé l’économie pendant trois mois. Et il n’y a aucune raison de redémarrer comme avant. On a trop appris. On voit trop ce que ça apporte, de stopper cette course en avant, cette frénésie d’activités, la consommation mécanique, ce que ça ouvre en possibilités, en disponibilités.

Que pourrait-il sortir de bon du moment incroyable qu’on est en train de vivre ?

 

Un vrai resserrement des liens parce qu’on prend des nouvelles de plein de gens, et plein de

gens prennent des nouvelles de nous. Dans l’état de vulnérabilité où nous nous trouvons se recrée beaucoup d’empathie, de solidarité, d’attention à l’autre. On l’avait largement perdu. Cette attention à l’autre, elle va rester, elle fera empreinte au même titre que la privation de libertés.

Autre chose positive : l’évidence que certains métiers méprisés s’avèrent en fait les plus précieux : les soignants, mais aussi les profs, les postiers, les manutentionnaires, les éboueurs, les caissières… On se rend compte que ce sont eux qui assurent l’économie de première nécessité, pas nos cadres sup’, qui sont essentiellement des parasites, en réalité. Ça nous a sauté aux yeux et ça ne disparaîtra pas aussi vite. Les premiers de corvée sont plus utiles que les premiers de cordée !

On retiendra aussi la réduction de la pollution en ville, un silence nouveau, la disponibilité que beaucoup ont retrouvé en confinement, en levant le pied malgré eux, les espèces reviennent occuper leurs biotopes… Une anecdote à ce titre : je suis parti m’aérer, il y a quelques jours, et j’ai vu cinq dauphins nager à deux cents mètres du rivage! Cela ne m’était jamais arrivé en douze ans de balade dans les Calanques. Des naturalistes ont repéré des rorquals de dix-sept mètres de long ! En deux mois, on obtient déjà des choses hallucinantes au niveau écologique.

On peut imaginer la ville sans voiture…

Oui, plein de choses qu’on n’espérait plus. Nous sommes un peu les cobayes d’un laboratoire d’anthropologie de science-fiction. On y expérimente de nouvelles réalités en temps réel et au jour le jour ! Et dans ce laboratoire, les expériences qu’on subit révèlent aussi des sensations perdues et des chocs nouveaux. Ces sensations resteront. Pour tous les gens qui sont en activité réduite par exemple, tout d’un coup, il y a cette chute du productivisme imposé, de l’injonction à faire toujours plus avec toujours moins. Si bien que l’on se dit : « Ce mode de vie où je travaille moins en ayant beaucoup plus de disponibilités sensibles, n’est-ce pas le bon équilibre à trouver ? »

Il va y avoir quand même des millions de gens en galère !

Bien sûr. Et je ne dis pas que tout le monde va se révolter et descendre dans la rue. Ce serait trop beau. Mais une succession de chocs intérieurs, de ras-le-bol, de prises de conscience, de déclics, peut faire que progressivement nos modes de vie vont se métamorphoser. La pandémie ne va pas produire d’un seul coup un changement immédiat et visible. Mais elle va inscrire énormément de choses dans les corps, dans nos mémoires, et cela nous rendra disponibles pour de vrais basculements intimes et collectifs.

Regardez les Gilets jaunes, dont certains ont dit : « Finalement, ça n’a servi à rien… tu vois, ils ont disparu. » Ben non ! Le mouvement a politisé beaucoup de travailleurs déclassés qui ne s’étaient jamais engagés auparavant, qui n’avaient jamais fait de manifs, qui ne s’étaient jamais réunis pour agir ensemble. Ça a créé aujourd’hui un terreau précieux pour que pousse ce nouveau monde qu’on sent frémir. On ne va pas voir des arbres politiques monter très haut en une seule nuit ni des buissons jaunes peupler tous nos espaces sociaux, mais l’herbe drue pousse déjà dans les fissures et c’est cette herbe qui dit notre avenir : une force horizontale, interstitielle, capable de fendre les plaques de béton grâce à la pression osmotique des tiges, une force capable de se répandre dans tous les milieux et d’y préparer l’émergence de nos maquis.

Je pense qu’un tiers de la population environ est déjà sensible à ces modes de vie et prête à basculer. La décroissance devient un horizon moins théorique, moins aberrant pour les petits capitalistes que nous sommes malgré nous !

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« La guerre des mots est importante, ce sont des graines, elle ensemence nos imaginaires. Tâchons de privilégier les métaphores du vivant : le nid, la poussée, la croissance d’un enfant ou d’une plante, le tissage des hyphes d’un mycélium (PHOTO), l’éclatement en ombelle d’un collectif… »

Vous revendiquez-vous de la décroissance ?

Oui, complètement. Mais ça reste un mauvais mot, trop castrateur. Je préfère hacker le terme de croissance en parlant d’une croissance de nos disponibilités, de nos lenteurs, de nos liens. Je trouve dévitalisant de toujours se positionner en négatif. Prôner une pensée « décoloniale » ou « démondialisée » ? Je préfère porter le flambeau du« tout-monde », cette superbe expression d’Édouard Glissant, que reprend aussi Chamoiseau. La guerre des mots est importante, ce sont des graines, elle ensemence nos imaginaires. Tâchons de privilégier les métaphores du vivant : le nid, la poussée, la croissance d’un enfant ou d’une plante, le tissage des hyphes d’un mycélium, l’éclatement en ombelle d’un collectif… Pour moi, dès qu’on place « anti- », « contre-», « dé- » devant un mot de l’ennemi, on fait mal le travail.
Et le mot « capitalisme », est-il utile de l’employer ou est-il mauvais ?

C’est un mot très juste. L’accumulation du capital y est contenue. Et cette accumulation morbide décide de tout. Libéralisme a une souche étymologique encore trop positive.

Le capitalisme numérique profite bien de la situation, les Amazon, Google, Apple. Comment les contrer?

En ce moment, on n’éprouve nos relations qu’à travers le numérique : on va mesurer ce que ça implique vraiment de boire un coup au café, se faire un petit restau ensemble ou une bouffe à la maison, retrouver cette chair, ce magnétisme des corps, cette vibration de l’échange incarné. Les gens prennent conscience qu’aucune appli vidéo ne remplace le face à face.

Les Gafa périront d’elles-mêmes quand on aura compris qu’internet doit devenir un service public. Du commun au même titre que l’air et l’eau. Un commun mondial. On doit travailler à ça autant qu’à une économie solidaire.

Vous espérez que cette crise paradoxale nous ouvre d’autres mondes ?

J’aimerais que ça nous fasse basculer vers ce que j’appelle des Zag : des zones autogouvernées. Des Zag à créer dans de multiples lieux et territoires, partout où le foncier est accessible, des zones qu’on peut acquérir au besoin, et sur lesquelles on va expérimenter d’autres formes de vies ensemble. Ça existe déjà sous forme de Zad, de communautés, de tiers-lieux, de fermes collectives, de friches autogérées, d’écoquartiers ruraux… J’espère que ces îlots vont se déployer un peu partout en France et ailleurs et qu’un archipel de combat va sortir de terre.

Je ne crois pas au retournement complet et global du capitalisme. Le capitalisme est trop inséré en nous, il exploite trop bien nos désirs, on est trop construit à travers lui pour pouvoir le renverser d’un coup. Il faut qu’on passe par des expériences de vie autre : habiter, manger, travailler, échanger autrement comme sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Éprouver au quotidien ce qu’est une économie du gratuit. Ce que c’est de s’endormir au chant des grenouilles et de se lever avec celui des moineaux. Il faut qu’on expérimente et que ça descende dans nos corps. Je crois aux imaginaires, mais rien ne remplace l’expérience réelle dans un cadre où l’on coupe son bois pour faire la charpente d’un hangar commun. Le grand enseignement de la Zad, c’est qu’on a besoin d’un territoire, d’un terrain où les gens puissent s’installer de façon relativement durable. Alors, on peut faire changer les choses. Sédimenter des pratiques autonomes. Des Zag d’où l’on sorte du système capitaliste, ne serait-ce que par une petite porte. Montrer que c’est possible. Où les gens passent et disent :« Ah ! je me sens bien ici, et c’est fort. J’aimerais trop vivre comme ça. » C’est le désir qui change le monde, plus que les idées, aussi belles soient-elles.

Ne plus passer par une utopie abstraite ?

Surtout pas ! On nage aujourd’hui dans un océan de fric liquide, et voilà que des îlots émergent ! Des myriades d’initiatives qu’on voit à peine, dont très peu de médias parlent ou si vite ! Soyons-y attentifs au lieu de nous lamenter ! On peut accoster sur les rochers, débarquer sur ces plages, contribuer à façonner l’île. Ces îles font déjà archipel, modestement, quelque chose se met en place. Mais l’archipel doit rester pluriel —pluriversel. Il ne faut pas essayer d’imposer un modèle unique, tous les modèles virent à la catastrophe, toutes les convergences dérapent en chefferies. Acceptons d’emblée cette pluralité, que ces îlots soient« polytiques », fonctionnent selon des règles et des envies différentes. Mais par contre, travailler intensément sur les liens entre ces îlots, l’entraide constante, la fertilisation croisée et les alliances, se dire qu’on a des façons différentes de construire nos mondes, mais une masse énorme de choses en commun : « Toi tu es anar, toi tu es communiste, toi tu es écolo, toi tu es terrestre, OK. Mais à 90 %, on partage la même conception de ce que devrait être une société bonne et à 99 %, on a le même ennemi : ce technocapitalisme qui nous tue.» J’aime l’idée qu’on puisse aller vers des sociétés conviviales, au sens d’Illich [1] Qu’on reprenne la main sur nos vies, nos espaces et nos outils.

Propos recueillis par Hervé Kempf

[1] Sévère critique de la société industrielle, Ivan Illich (1926-2002) est l’auteur de La Convivialité, Seuil, 1973, réed. 2014. Dénonçant la servitude née du productivisme, le gigantisme des outils, le culte de la croissance et de la réussite matérielle, il oppose à la « menace d’une apocalypse technocratique » la « vision d’une société conviviale ».

Lire aussi : Au nom du coronavirus, l’État met en place la société de contrôle Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photos : © Mathieu Génon/Reporterre
. chapô : Alain Damasio en mai 2019.
. Paris : le 19 mars 2020
. Foucault : thierry ehrmann (CC BY 2.0) sur Flickr
. mycélium : Wikipedia (The Alpha Wolf/CC BY-SA 3.0)

Emplacement : Accueil > Entretien >
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GLYPHOSATE : BAYER DURCIT LE BRAS DE FER AVEC LES PLAIGNANTS

(source/ 28 Avril 2020 Novethic)

 

A5 permis de tuer coul-jpegGOUVERNANCE D’ENTREPRISE

GLYPHOSATE : CRAIGNANT UNE CRISE ÉCONOMIQUE, BAYER DURCIT LE BRAS DE FER AVEC LES PLAIGNANTS

Malgré de bons résultats financiers liés à crise du Covid-19, Bayer ne compte pas relâcher la pression concernant le glyphosate. Au contraire, lors de l’Assemblée générale, le DG du groupe a annoncé durcir les négociations en cours avec les 52 000 personnes qui ont porté plainte concernant les effets cancérigènes du Roundup. Le risque financier est énorme pour le géant qui ne trouve pas d’issue à la crise provoquée par le rachat de Monsanto.

Entre les plaignants du Roundup et Bayer, le combat continue.

@Bayer

Les affaires sont revenues à la normale pour Bayer. C’est en tout cas ce qu’on pouvait penser en assistant à l’Assemblée générale virtuelle du géant le 28 avril dernier. Les actionnaires du groupe allemand ont voté à plus de 92 % pour la stratégie de la direction. L’année dernière, les investisseurs avaient rejeté à 55,5 % les « actions du directoire », du jamais vu. Un vote qui avait poussé le président de l’entreprise, Werner Wenning à la démission alors qu’il avait porté avec le directeur-général Werner Baumann  le rachat de Monsanto. Cette fois, le ton a changé. Il faut dire que les résultats sont particulièrement bons. Le groupe allemand enregistre une hausse de 6 % de son chiffre d’affaires pour le premier trimestre. Le Covid-19 a en effet poussé les citoyens a réalisé des stocks de médicaments.

Mais les « effets bénéfiques du Covid-19 » sur le groupe ne reflètent pas une tendance de fond. Werner Baumann a averti qu’il n’était pas capable d’évaluer l’impact de la pandémie sur ses résultats annuels. Surtout, à long terme, c’est l’ombre du glyphosate qui noircit le tableau. En l’espace de trois mois, de février à avril, le nombre de personnes ayant déposé une plainte contre Bayer concernant l’utilisation du Roundup, un herbicide à base de glyphosate, a encore augmenté, passant de 48 600 à 52 500 plaignants.

Bayer serre la vis face aux plaignants

Une hausse de plaintes qui a poussé Bayer à durcir le ton. Depuis quelques mois déjà, le géant avait entamé des pourparlers afin de régler les affaires. Mais en raison du « contexte d’une récession imminente et compte tenu, en partie, des défis considérables en matière de liquidités », le groupe a finalement changé de braquet. « L’entreprise n’envisagera un accord que s’il est financièrement raisonnable et met en place un mécanisme permettant de résoudre efficacement les éventuelles réclamations futures », a prévenu Werner Baumann.

Une annonce qui marque une rupture avec les dernières positions du groupe. Car, si Bayer avait toujours défendu le glyphosate depuis son rachat de Monsanto, il commençait quelque peu à plier sous la pression judiciaires. Selon le journal allemand Handelsblatt, il envisageait même d’arrêter, aux États-Unis, les ventes au détail du glyphosate tout en continuant de servir les agriculteurs. L’enjeu est de taille car le risque financier lié à ses plaintes est énorme pour Bayer, il est évalué entre 10 et 15 milliards d’euros.

Monsanto, un gouffre financier

« La tentative de rendre Bayer plus résilient et plus fort en achetant Monsanto a jusqu’à présent échoué », a déclaré à Reuters Ingo Speich, responsable de la gouvernance d’entreprise pour Deka Investment, l’un des principaux actionnaires de Bayer. Alors que Deka a voté en faveur de Baumann et du conseil de surveillance, il a déclaré : « Tant que Bayer ne pourra pas se libérer de ces poursuites, nous ne verrons probablement pas de reprise du cours de l’action ».

Depuis le rachat du géant des OGM pour 56 milliards d’euros, le cours de l’action de Bayer n’a cessé de chuter, tout comme sa capitalisation boursière. En avril 2019, le groupe allemand avait perdu plus de 30 milliards d’euros en Bourse ainsi que trois procès emblématiques dont les amendes cumulées représentent des centaines de millions d’euros.

Marina Fabre, @fabre_marina

© 2020 Novethic – Tous droits réservés

Confinement = + d’épandage de pesticides …

Notre santé soit-disant défendue par nos gouvernants, se voit bradée pour les intérêts de l’agro-industrie.

Ces écocideurs profitent de cette pandémie pour continuer à empoisonner terre/eau & air.

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(source/ 23 avril 2020/Générations Futures)

Recours juridiques: Le COVID ne justifie pas d’épandre des pesticides au ras des habitations

9 ONG[1] saisissent la justice en urgence pour stopper les dérogations aux distances d’épandage.

Sous le prétexte que le Covid 19 empêcherait les consultations du public, le Gouvernement recule de nouveau en accordant des réductions supplémentaires pour épandre les pesticides à des distances encore plus faibles des habitations que celles pourtant insuffisamment protectrices imposées en décembre. Afin de protéger les riverains contre cet abus manifeste, 9 ONG déposent deux recours devant le Conseil d’Etat contre cette décision inadmissible.

Contexte

Le Gouvernement avait organisé durant l’automne 2019 une parodie de consultation nationale aboutissant à des distances d’épandage des pesticides ridiculement faibles. Certaines de nos organisations[2] avaient alors dénoncé et attaqué ces mesures devant le Conseil d’Etat. Mais voilà que profitant du covid 19, le Gouvernement a adopté une instruction et communiqué sur la possibilité de réductions supplémentaires !

Ces dérogations permettent de passer outre le processus de concertation à l’initiative des utilisateurs de pesticides et l’obligation faite dans la Loi de respecter des zones sans traitement en l’absence de chartes, chartes dont la démarche de concertation et le contenu doivent être approuvés par les préfets !

En clair pas besoin de concertations autour de chartes, ni d’approbations préfectorales, il suffit d’un simple projet de charte pour pouvoir pulvériser des produits toxiques à des distances encore plus faibles des habitations et des riverains qui y sont confinés, et ce jusque fin juin, période durant laquelle les épandages sont nombreux !

Cette situation est d’autant plus inquiétante qu’une exposition chronique à la pollution de l’air est considérée par ATMO-France comme un facteur aggravant les conséquences d’une infection par le Covid 19. Il serait justifié, dans de telles circonstances sanitaires, d’éloigner les pulvérisations de pesticides des domiciles des riverains des zones cultivées. Malgré la forte mobilisation de collectifs, d’associations et de citoyens qui ont interpellé largement les préfets sur ce sujet depuis plusieurs jours[3], aucune annonce de mesures visant à éloigner les épandages n’a été faite. Au contraire, dans de nombreux cas les distances sont fortement réduites, en témoigne les chartes proposées actuellement en Bretagne ou dans le Nord[4], ou encore dans les Pays de Loire[5] dans 5 départements : Loire-Atlantique, Maine et Loire, Mayenne, Sarthe et Vendée,  des chartes ont été déposées par les syndicats agricoles divisant les distances nationales par quasiment 2 voire 3 selon les cultures, sans concertation réelle!

Des actions juridiques indispensables

Parce que le Gouvernement refuse toujours de répondre à nos organisations sur ce sujet, que les conditions de dialogue et de participation de nos organisations ne sont pas réunies pour réellement atteindre le “mieux-vivre ensemble”, et que les Préfets font également la sourde oreille, nous avons décidé d’engager deux recours[6], l’un sur le fond devant le Conseil d’Etat et l’autre en référé suspension contre :

  • L’instruction technique DGAL/SDQSPV/2020-87 du 3 février 2020 (N° NOR AGRG2003727C),
  • Le communiqué de presse « Distances de sécurité pour les traitements phytopharmaceutiques à proximité des habitations », publié le 30 mars 2020 sur le site internet du Ministère de l’agriculture,
  • La note « Eléments de mise en œuvre », dans sa 4version du 30 mars 2020, mise en ligne sur le site internet du Ministère de l’agriculture. »

En conclusion.

Afin de protéger la santé et les conditions de vie des citoyen.es confiné.es en milieu rural, la période actuelle commanderait que les questions de santé publique deviennent de réelles priorités.

Nous entendons tout mettre en œuvre pour que soit mis fin aux mesures dérogatoires permettant aux utilisateurs de pesticides d’épandre leurs produits dangereux aux pieds des habitations avant que de réelles concertations aient lieu dans les territoires. Rappelons que les populations confinées dans ces zones sont considérées par la réglementation européenne comme des groupes vulnérables, car exposées sur le long terme à petites doses aux produits, et que les études scientifiques démontrent un risque accru de développer des pathologies lourdes du fait de ces expositions. A la justice d’entendre nos arguments ainsi que nos attentes et celles de populations fragiles concernées.

[1] Générations Futures, UFC-Que choisir, Collectif de Soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest, France Nature Environnement, Union syndicale Solidaires, Eau et Rivières de Bretagne, AMLP, vigilance OGM, et la LPO sont requérantes – le Collectif Victimes des Pesticides des Hauts de France est en soutien car organisation non constituée

 

Épandage des pesticides : les préfets doivent protéger les riverains, pas aggraver la situation !

Le 16 avril 2020

chartes

Générations Futures

Après avoir dénoncé et attaqué devant le Conseil d’Etat les distances minimales ridiculement faibles d’épandage de pesticides près des habitations, nos organisations[1] sonnent l’alerte quant à l’aggravation actuelle de la situation avec des réductions supplémentaires inadmissibles en cette période de confinement. Nos ONG appellent à la mobilisation générale pour que les préfets interdisent les pulvérisations de pesticides près des habitations et que soient reportées sine die les consultations publiques autour des chartes « pesticides ».

Nombre d’organisations[2] et de riverains[3] ont souhaité attirer l’attention des autorités sur la situation particulièrement pénible actuellement vécue par de nombreuses personnes confinées à leur domicile – comme l’ensemble de la population française – et qui doivent subir les dérives de pesticides pulvérisés à très faible distance de leurs domiciles. Alors que les analyses réalisées sur les productions de l’agriculture conventionnelle[4] confirment régulièrement la présence de pesticides potentiellement dangereux, ces décisions conduisent à augmenter encore l’exposition des riverains à des produits toxiques, et à durcir les conditions de leur confinement. Alors qu’il serait justifié, dans de telles circonstances sanitaires, d’éloigner les pulvérisations de pesticides des domiciles des riverains des zones cultivées, l’instruction du 3 février dernier relayée par certains préfets sous forme de dérogations rend possible l’inverse et permet de passer outre l’obligation faite dans la loi de respecter des zones sans traitement !

En outre, alors que des mesures d’éloignement devraient être prises, des chartes d’engagements – dites de bon voisinage- rendues obligatoires par la loi EGAlim et le décret du 27 décembre 2019, sont proposées actuellement à la consultation du public dans certains départements sans aucune homogénéité dans les démarches ce qui rend extrêmement compliqué – surtout en cette période – la possibilité pour la société civile de participer réellement à ces consultations publiques. Ainsi, d’après un questionnaire envoyé à son réseau, Générations Futures note que ces consultations ont débuté dans au moins 13 départements, que certaines vont prendre fin d’ici la fin du mois d’avril et d’autres fin mai, alors que certaines chambres d’agriculture, comme en Charente-Maritime, ont décidé de reporter ces consultations à juin. Au vu du contexte actuel, la période n’est pas propice à une consultation sereine et réellement démocratique des diverses parties prenantes. À la fois parce que les difficultés quotidiennes pèsent sur les Français mais également parce que toutes les conditions d’une réelle concertation ne sont pas réunies pour envisager une participation des riverains concernés.

Nous proposons donc à tous les citoyens et toutes les citoyennes d’interpeller dès aujourd’hui les préfets et préfètes[5] pour leur demander d’interdire les épandages de pesticides à proximité des habitations (et en tout état de cause de ne pas promulguer d’arrêtés préfectoraux permettant de déroger à ces zones de non traitement) et de demander aux utilisateurs de pesticides à l’initiative des consultations publiques sur les chartes de reporter ces dernières à une période ultérieure, en tout état de cause après la levée complète du confinement. Une fois ce report acté, il sera alors nécessaire de revoir la manière dont ces consultations sont proposées. A titre d’exemple, certaines consultations sont tellement orientées que les réponses apportées vont inévitablement biaiser le débat comme c’est le cas aujourd’hui en Gironde où des structures locales[6] ont préféré lancer une contre-consultation tant celle proposée par la chambre d’agriculture fausse le débat.

La période actuelle commande que les questions de santé publique deviennent de réelles priorités et que des mesures fortes soient prises en matière d’utilisation de pesticides, afin de protéger la santé et les conditions de vie des Français confinés en milieu rural. Le Gouvernement commettrait une grave erreur en se positionnant à contre-courant de cet impératif.

 Lien pour interpeller les préfets et préfètes 

[1] Alerte Médecins Pesticides, Alerte Pesticides haute Gironde, Attac, Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest, Collectif vigilance OGM et Pesticides 16, Eau & Rivières de Bretagne, Générations Futures, Greenpeace France, Justice Pesticides, Mouvement de l’Agriculture Bio-Dynamique, MIRAMAP, Nature & Progrès, Syndicat National D’Apiculture, Terre & Humanisme, Union nationale d’apiculture française, UFC-Que Choisir, Union syndicale Solidaires, Victimes Pesticides Hauts de France, Wecf France

[2] A titre d’exemple Générations Futures a écrit fin mars sur ce point au Premier Ministre.

[3] Certains riverains et collectifs ont écrit à des préfets pour s’inquiéter de ces situations.

[4] Le test comparatif réalisé par l’UFC-Que Choisir en 2016 sur 150 lots de fruits et légumes conventionnels révélait la présence de pesticides dans 80 % des échantillons, dont certains contenaient des molécules suspectées d’être des perturbateurs endocriniens, d’être toxiques pour la reproduction et/ou d’être des cancérigènes possibles.

[5] Pour participer à cette interpellation en envoyant un mail à son préfet et/ou en faisant un tweet: https://shaketonpolitique.org/interpellations/prefet-pesticides-chartes-znt/

[6] Alerte Pesticides Haute Gironde et le relais local de Générations Futures

CORONAVIRUS , « L’insurrection de la vie quotidienne » par Raoul Vaneigen

(source/11 avril 2020/Médiapart)

L’alliance avec la nature exige la fin de son exploitation lucrative

il s’agit désormais de restaurer un milieu naturel où la vie soit possible, l’air respirable, l’eau potable, l’agriculture débarrassée de ses poisons, les libertés du commerce révoquées par la liberté du vivant, le patriarcat dé- membré, les hiérarchies abolies.

CORONAVIRUS , « L’insurrection de la vie quotidienne » par Raoul Vaneigen

1 – « Allons-nous admettre enfin que le marché et ses gestionnaires sont le virus à éradiquer ? »

2 – « Dehors, le cercueil, dedans la télévision, la fenêtre ouverte sur un monde fermé ! »

Contester le danger du coronavirus relève à coup sûr de l’absurdité. En revanche, n’est-il pas tout aussi absurde qu’une perturbation du cours habituel des maladies fasse l’objet d’une pareille exploitation émotionnelle et rameute cette

Les dividendes

1 – « Allons-nous admettre enfin que le marché et ses gestionnaires sont le virus à éradiquer ? »

Peuples du monde, encore un effort ! par Raoul Vaneigem

Texte publié le 11 avril 2020 sur le site de Médiapart qui accueille des blogs affiliés au journal ; ici, le blog de « Au jour d’après ».

« Allons-nous admettre enfin que le marché et ses gestionnaires sont le virus à éradiquer ? », demande Raoul Vaneigem, 86 ans, auteur avant mai 1968 du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations. Aujourd’hui : « Ce dont nous ne voulons plus est le ferment de ce que nous voulons. (…) Il nous reste la passion d’un présent à construire ».

Le choc du coronavirus n’a fait qu’exécuter le jugement que prononçait contre elle-même une économie totalitaire fondée sur l’exploitation de l’homme et de la nature.

Le vieux monde défaille et s’effondre. Le nouveau, consterné par l’amoncellement des ruines, n’ose les déblayer ; plus apeuré que résolu, il peine à retrouver l’audace de l’enfant qui apprend à marcher. Comme si avoir longtemps crié au désastre laissait le peuple sans voix.

Pourtant, celles et ceux qui ont échappé aux mortels tentacules de la marchandise sont debout parmi les décombres. Ils s’éveillent à la réalité d’une existence qui ne sera plus la même. Ils désirent s’affranchir du cauchemar que leur a asséné la dénaturation de la terre et de ses habitants.

N’est-ce pas la preuve que la vie est indestructible ? N’est-ce pas sur cette évidence que se brisent dans le même ressac les mensonges d’en haut et les dénonciations d’en bas ?

La lutte pour le vivant n’a que faire de justifications. Revendiquer la souveraineté de la vie est en mesure d’anéantir l’empire de la marchandise, dont les institutions sont mondialement ébranlées.

Jusqu’à ce jour, nous ne nous sommes battus que pour survivre. Nous sommes restés confinés dans une jungle sociale où régnait la loi du plus fort et du plus rusé. Allons-nous quitter l’emprisonne- ment auquel nous contraint l’épidémie de coronavirus pour réintégrer la danse macabre de la proie et du prédateur ? N’est-il pas manifeste pour toutes et tous que l’insurrection de la vie quotidienne, dont les gilets jaunes ont été en France le signe annonciateur, n’est rien d’autre que le dépassement de cette survie qu’une société de prédation n’a cessé de nous imposer quotidiennement et militairement ?

Ce dont nous ne voulons plus est le ferment de ce que nous voulons

La vie est un phénomène naturel en ébullition expérimentale permanente. Elle n’est ni bonne ni mauvaise. Sa manne nous fait cadeau de la morille tout autant que de l’amanite phalloïde. Elle est en

nous et dans l’univers comme une force aveugle. Mais elle a doté l’espèce humaine de la capacité de distinguer la morille de l’amanite, et un peu plus ! Elle nous a armés d’une conscience, elle nous a donné la capacité de nous créer en recréant le monde.

« La vie et son sens humain sont la poésie faite par un et par toutes et tous. Cette poésie-là a toujours brillé de son éclat dans les grands soulèvements de la liberté. »

Pour nous faire oublier cette extraordinaire faculté, il a fallu que pèse sur nous le poids d’une histoire qui débute avec les premières Cités-États et se termine – d’autant plus hâtivement que nous y mettrons la main – avec l’effritement de la mondialisation marchande.

La vie n’est pas une spéculation. Elle n’a que foutre des marques de respect, de vénération, de culte. Elle n’a d’autre sens que la conscience humaine, dont elle a doté notre espèce pour l’éclairer.

La vie et son sens humain sont la poésie faite par un et par toutes et tous. Cette poésie-là a toujours brillé de son éclat dans les grands soulèvements de la liberté. Nous ne voulons plus qu’elle soit, comme par le passé, un éclair éphémère. Nous voulons mettre en œuvre une insurrection permanente, à l’image du feu passionnel de la vie, qui s’apaise mais jamais ne s’éteint.

C’est du monde entier que s’improvise un chant des pistes. C’est là que notre volonté de vivre se forge en brisant les chaînes du pouvoir et de la pré- dation. Des chaînes que nous, femmes et hommes, nous avons forgées pour notre malheur.

Nous voici au cœur d’une mutation sociale, économique, politique et existentielle. C’est le moment du « Hic Rhodus, hic salta, Ici est Rhodes, ici tu sautes ». Ce n’est pas une injonction à reconquérir le monde dont nous avons été chassés. C’est le souffle d’une vie que l’irrésistible élan des peuples va rétablir dans ses droits absolus.

L’alliance avec la nature exige la fin de son exploitation lucrative

Nous n’avons pas assez pris conscience de la relation concomitante entre la violence exercée par l’économie à l’encontre de la nature qu’elle razzie, et la violence dont le patriarcat frappe les femmes depuis son instauration, il y a trois ou quatre mille ans avant l’ère dite chrétienne.

Avec le capitalisme vert-dollar, le pillage brutal des ressources terrestres tend à céder la place aux grandes manœuvres de la subornation. Au nom de la protection de la nature, c’est encore la nature qui est mise à prix. Ainsi en va-t-il dans les simulacres de l’amour lorsque le violeur se pomponne en séducteur pour mieux agripper sa proie. La prédation recourt de longue date à la pratique du gant de velours.

Nous sommes à l’heure où une nouvelle alliance avec la nature revêt une importance prioritaire. Il ne s’agit pas évidemment de retrouver – comment le pourrait-on ? – la symbiose avec le milieu naturel dans laquelle évoluaient les civilisations de la cueillette avant que vienne les supplanter une civilisation fondée sur le commerce, l’agriculture intensive, la société patriarcale et le pouvoir hiérarchisé.

Mais, on l’aura compris, il s’agit désormais de restaurer un milieu naturel où la vie soit possible, l’air respirable, l’eau potable, l’agriculture débarrassée de ses poisons, les libertés du commerce révoquées par la liberté du vivant, le patriarcat dé- membré, les hiérarchies abolies.

Les effets de la déshumanisation et des attaques menées systématiquement contre l’environnement n’ont pas eu besoin du coronavirus pour démontrer la toxicité de l’oppression marchande. En revanche, la gestion catastrophique du cataclysme a montré l’incapacité de l’État à faire preuve de la moindre efficacité en dehors de la seule fonction qu’il soit à même d’exercer : la répression, la militarisation des individus et des sociétés.

La lutte contre la dénaturation n’a que faire des promesses et des louables intentions rhétoriques, qu’elles soient soudoyées ou non par le marché des énergies renouvelables. Elle repose sur un projet pratique qui mise sur l’inventivité des individus et des collectivités. La permaculture renaturant les terres empoisonnées par le marché des pesticides n’est qu’un témoignage de la créativité d’un peuple qui a tout à gagner d’anéantir ce qui a conjuré sa perte. Il est temps de bannir ces élevages concentrationnaires où la maltraitance des animaux fut notamment cause de la peste porcine, de la grippe aviaire, de la vache rendue folle par cette folie de l’argent fétichisé que la raison économique va une fois de plus tenter de nous faire ingurgiter sinon digérer.

Ont-elles un sort si différent du nôtre ces bêtes de batteries qui sortent du confinement pour entrer dans l’abattoir ? Ne sommes-nous pas dans une

société qui distribue des dividendes au parasitisme d’entreprise et laisse mourir hommes, femmes et enfants faute de moyens thérapeutiques ? Une imparable logique économique allège ainsi les charges budgétaires, imputables au nombre croissant de vieilles et de vieux. Elle préconise une solution finale qui les condamne impunément à crever dans des maisons de retraites dénuées de moyens et d’aides-soignants. Il s’est trouvé à Nancy, en France, un haut responsable de la santé pour déclarer que l‘épidémie n’est pas une raison valable pour ne pas supprimer plus de lits et de personnel hospitalier. Personne ne l’a chassé à grands coups de pieds aux fesses. Les assassins économiques suscitent moins d’émoi qu’un malade mental courant les rues en brandissant le couteau de l’illumination religieuse.

Je n’en appelle pas à la justice du peuple, je ne préconise pas de septembriser les pouacres du chiffre d’affaire. Je demande seulement que la générosité humaine rende impossible le retour de la raison marchande.

Tous les modes de gouvernement que nous avons connus ont fait faillite, délités par leur cruelle absurdité. C’est au peuple qu’il appartient de mettre en œuvre un projet de société qui restitue à l’humain, à l’animal, au végétal, au minéral une unité fondamentale.

Le mensonge qualifiant d’utopie un tel projet n’a pas résisté au choc de la réalité. L’histoire a frappé la civilisation marchande d’obsolescence et d’insanité. L’édification d’une civilisation humaine n’est pas seulement devenue possible, elle fraie l’unique voie qui, passionnément et désespérément rêvée par d’innombrables générations, s’ouvre sur la fin de nos cauchemars.

Car le désespoir a changé de camp, il appartient au passé. Il nous reste la passion d’un présent à construire. Nous allons prendre le temps d’abolir le time is money qui est le temps de la mort programmée.

La renaturation est un bouillon de cultures nouvelles où nous aurons à tâtonner entre confusion et innovations dans les domaines les plus divers. N’avons-nous pas accordé trop de crédit à une médecine mécaniste qui souvent traite le corps comme un garagiste la voiture confiée à son entretien ? Comment ne pas se défier d’un expert qui vous répare pour vous renvoyer au travail ?

Si longtemps martelé par les impératifs productivistes, le dogme de l’anti-nature n’a-t-il pas contribué à exaspérer nos réactions émotionnelles, à propager panique et hystérie sécuritaire, en exacerbant en conséquence le conflit avec un virus que l’immunité de notre organisme aurait eu quelque chance d’amadouer ou de rendre moins agressif, si toutefois elle n’avait été mise à mal par un totalitarisme marchand, auquel rien d’inhumain n’est étranger ?

On nous a bassinés à satiété avec les progrès de la technologie. Pour aboutir à quoi ? Les navettes célestes vers Mars et l’absence terrestre de lits et de respirateurs dans les hôpitaux.

Assurément, il y aura plus à s’émerveiller des découvertes d’une vie dont nous ignorons tout, ou presque. Qui en douterait ? Hormis les oligarques et leurs larbins, que la diarrhée mercantile vide de leur substance, et que nous allons confiner dans leurs latrines.

La répression est la dernière raison d’être de l’État. Lui-même la subit sous la pression des multinationales imposant leurs diktats à la terre et à la vie. La prévisible mise en cause des gouvernements répondra à la question : le confinement eût-il été pertinent si les infrastructures médicales étaient demeurées performantes, au lieu de subir le délabrement que l’on sait, décrété par le devoir de rentabilité.

En attendant – force est de le constater – la militarisation et la férocité sécuritaire n’ont fait que prendre le relais de la répression en cours dans le monde entier. L’Ordre démocratique ne pouvait souhaiter meilleur prétexte pour se prémunir contre la colère des peuples. L’emprisonnement chez soi, n’était-ce pas le but des dirigeants, inquiets de la lassitude qui menaçait leurs sections d’assaut de matraqueurs, d’éborgneurs, de tueurs salariés ? Belle répétition générale que cette tactique de la nasse employée contre des manifestants pacifiques, réclamant entre autres la réhabilitation des hopi- taux.

Au moins sommes-nous prévenus : les gouvernements vont tout tenter pour nous faire transiter du confinement à la niche. Mais qui acceptera de passer docilement de l’austérité carcérale au confort de la servilité rafistolée ?

Il est probable que la rage de l’enfermé aura saisi l’occasion de dénoncer le système tyrannique et aberrant qui traite le coronavirus à la façon de ce terrorisme multicolore dont le marché de la peur fait ses choux gras.

La réflexion ne s’arrête pas là. Pensez à ces écoliers qui, dans le pays des Droits de l’Homme, ont été contraints de s’agenouiller devant la flicaille de l’État. Pensez à l’éducation même où l’autoritarisme professoral entrave depuis des siècles la curiosité spontanée de l’enfant et empêche la générosité du savoir de se propager librement. Pensez à quel point l’acharnement concurrentiel, la compétition, l’arrivisme du « pousse-toi de là que je m’y mette » nous ont confinés dans une caserne.

La servitude volontaire est une soldatesque qui marche au pas. Un pas à gauche, un pas à droite ? Quelle importance? L’un et l’autre restent dans l’Ordre des choses.

Quiconque accepte qu’on lui aboie dessus, ou par en dessous, n’a dès à présent qu’un avenir d’es- clave.

SORTIR DU MONDE MORBIDE ET CLOS DE LA CIVILISATION MARCHANDE

La vie est un monde qui s’ouvre et elle est ouverture sur le monde. Certes, elle a souvent subi ce terrible phénomène d’inversion où l’amour se change en haine, où la passion de vivre se transforme en instinct de mort. Pendant des siècles, elle a été réduite en esclavage, colonisée par la fruste nécessité de travailler et de survivre à la façon d’une bête.

Cependant, on ne connaît pas d’exemple d’un enfermement, en cellules d’isolation, de millions de couples, de familles, de solitaires que la faillite des services sanitaires a convaincus d’accepter leur sort sinon docilement du moins avec une rage contenue.

Chacun se retrouve seul, confronté à une existence où il est tenté de démêler la part de travail servile et la part de désirs fous. L’ennui des plaisirs consommables est-il compatible avec l’exaltation des rêves que l’enfance a laissé cruellement inaccomplis ?

La dictature du profit a résolu de tout nous ôter à l’heure même où son impuissance s’étale mondialement et l’expose à un anéantissement possible.

L’absurde inhumanité qui nous ulcère depuis si longtemps a éclaté comme un abcès dans le confinement auquel a mené la politique d’assassinat lucratif, que pratiquent cyniquement les mafias financières.

La mort est la dernière indignité que l’être humain s’inflige. Non sous l’effet d’une malédiction, mais en raison de la dénaturation qui lui fut assignée.

Les chaînes que nous avons forgées dans la peur et la culpabilité, ce n’est ni par la peur ni par la culpabilité que nous les briserons. C’est par la vie redécouverte et restaurée. N’est-ce pas ce que démontre, en ces temps d’oppression extrême, l’invincible puissance de l’entraide et de la solidarité ?

Une éducation serinée pendant des millénaires nous a enseigné à réprimer nos émotions, à briser nos élans de vie. On a voulu à tous prix que la bête qui demeure en nous fasse l’ange.

Nos écoles sont des repaires d’hypocrites, de refoulés, de tortionnaires ratiocinants. Les derniers passionnés de savoir y pataugent avec le courage du désespoir. Allons-nous, en sortant de nos cellules carcérales, apprendre enfin à libérer la science du carcan de son utilité lucrative ? Allons-nous nous employer à affiner nos émotions, non à les réprimer ? À réhabiliter notre animalité, non à la dompter, comme nous domptons nos frères dits inférieurs ?

Je n’incite pas ici à la sempiternelle bonne volonté éthique et psychologique, je pointe du doigt le marché de la peur où le sécuritaire fait entendre son bruit de bottes. J’attire l’attention sur cette manipulation des émotions qui abrutit et crétinise

les foules, je mets en garde contre la culpabilisation qui rôde en quête de boucs émissaires.

Haro sur les vieux, les chômeurs, les sans- papiers, les SDF, les étrangers, les gilets jaunes, les en-dehors ! C’est le mugissement de ces actionnaires du néant qui font boutique du coronavirus pour propager la peste émotionnelle. Les mercenaires de la mort ne font qu’obéir aux injonctions de la logique dominante.

Ce qui doit être éradiqué, c’est le système de déshumanisation mis en place et appliqué férocement par ceux qui le défendent par goût du pouvoir et de l’argent. Il y a longtemps que le capitalisme a été jugé et condamné. Nous croulons sous la pléthore de plaidoiries à charge. Cela suffit.

L’imagerie capitaliste identifiait son agonie à l’agonie du monde entier. Le spectre du coronavirus a été, sinon le résultat prémédité, du moins l’illustration exacte de son absurde maléfice. La cause est entendue. L’exploitation de l’homme par l’homme, dont le capitalisme est un avatar, est une expérience qui a mal tourné. Faisons en sorte que sa sinistre plaisanterie d’apprenti sorcier soit dévorée par un passé dont elle n’aurait jamais dû surgir.

Il n’y a que l’exubérance de la vie retrouvée qui puisse briser du même coup les menottes de la barbarie marchande et la carapace caractérielle qui estampille dans la chair vive de chacun la marque de l’économiquement correct.

Nos FutursLA DEMOCRATIE AUTOGESTIONNAIRE ANNULE LA DÉMOCRATIE PARLEMEN- TAIRE

Il n’est plus question de tolérer que, juchés à tous les étages de leurs commissions nationales, européennes, atlantiques et mondiales, les responsables viennent nous jouer le rôle du coupable et du non-coupable. La bulle de l’économie, qu’ils ont enflée de dettes virtuelles et d’argent fictif, implose et crève sous nos yeux. L’économie est paralysée.

Avant même que le coronavirus révèle l’étendue du désastre, les « hautes instances » ont grippé et arrêté la machine, plus sûrement que les grèves et les mouvements sociaux qui, si utilement contestataires qu’ils fussent, n’en demeurèrent pas moins peu efficaces.
«Nous ne voulons pas juger et condamner le système oppressif qui nous a condamnés à mort. Nous voulons l’anéantir. »

Assez de ces farces électorales et de ces diatribes de pacotille. Que ces élus, emmanchés par la finance, soient balayés tels des immondices et disparaissent de notre horizon comme a disparu en eux la parcelle de vie qui leur prêtait figure humaine.

Nous ne voulons pas juger et condamner le système oppressif qui nous a condamnés à mort. Nous voulons l’anéantir.

Comment ne pas retomber dans ce monde qui s’effondre, en nous et devant nous, sans édifier une société avec l’humain qui demeure à la portée de nos mains, avec la solidarité individuelle et collective ? La conscience d’une économie gérée par le peuple et pour le peuple implique la liquidation des mécanismes de l’économie marchande.

Dans son dernier coup d’éclat, l’État ne s’est pas contenté de prendre les citoyens en otages et de les emprisonner. Sa non-assistance à personne en danger les tue par milliers.

L’État et ses commanditaires ont bousillé les services publics. Plus rien ne marche. Nous le savons en toute certitude: la seule chose qu’il réussit à faire fonctionner, c’est l’organisation criminelle du profit.

Ils ont mené leurs affaires au mépris du peuple, le résultat est déplorable. Au peuple de faire les siennes en achevant de ruiner les leurs. À nous de tout faire repartir sur des voies nouvelles.

Plus la valeur d’échange l’emporte sur la valeur d’usage, plus s’impose le règne la marchandise. Plus nous accorderons la priorité à l’usage que nous souhaitons faire de notre vie et de notre environne- ment, plus la marchandise perdra de son mordant. La gratuité lui portera l’estocade.

L’autogestion marque la fin de l’État dont la pandémie a mis en lumière et la faillite, et la nocivité. Les protagonistes de la démocratie parlementaire sont les croque-morts d’une société déshumanisée pour cause de rentabilité.

On a vu en revanche le peuple, confronté aux carences des gouvernements, faire preuve d’une solidarité indéfectible et mettre en œuvre une véritable autodéfense sanitaire. N’est-ce pas là une expérience qui laisse augurer une extension des pratiques autogestionnaires ?

Rien n’est plus important que de nous préparer à prendre en charge les secteurs publics, jadis assumés par l’État, avant que la dictature du profit les envoie à la casse.

L’État et la rapacité de ses commanditaires ont tout mis à l’arrêt, tout paralysé, sauf l’enrichisse- ment des riches. Ironie de l’histoire, la paupérisation est désormais la base d’une reconstruction générale de la société. Celui qui a affronté la mort, comment aurait-il peur de l’État et de sa flicaille ?

Notre richesse, c’est notre volonté de vivre

Refuser de payer taxes et impôts a cessé d’appartenir au répertoire des incitations subversives. Comment seraient-elles en mesure de s’en acquitter, ces millions de personnes qui vont manquer de moyens de subsistance alors que l’argent, chiffré en milliards, continue d’être engloutis dans l’abîme des malversations financières et de la dette creusée par elles ? Ne l’oublions pas, c’est de la priorité accordée au profit que naissent et les pandémies et l’incapacité de les traiter. Allons-nous en rester à l’enseigne de la vache folle sans en tirer de

leçon ? Allons-nous admettre enfin que le marché et ses gestionnaires sont le virus à éradiquer ?

Le temps n’est plus à l’indignation, aux lamentations, aux constats du désarroi intellectuel. J’insiste sur l’importance des décisions que les assemblées locales et fédérées prendront « par le peuple et pour le peuple » en matière d’alimentation, de logement, de transport, de santé, d’enseignement, de coopérative monétaire, d’amélioration de l’environnement humain, animal, végétal.

Allons de l’avant, même en tâtonnant. Mieux vaut errer en expérimentant que régresser et réitérer

les erreurs du passé. L’autogestion est en germe dans l’insurrection de la vie quotidienne. Souvenons-nous que ce qui a détruit et interrompu l’expérience des collectivités libertaires de la révolution espagnole, c’est l’imposture communiste.

Je ne demande à personne de m’approuver, et moins encore de me suivre. Je vais mon chemin. Libre à chacune et à chacun d’en faire autant. Le désir de vie est sans limite. Notre vraie patrie est partout où la liberté de vivre est menacée. Notre terre est une patrie sans frontière.

Raoul Vaneigem, 10 avril 2020.

Né en 1934, Raoul Vaneigem a participé à l’Internationale situationniste. Son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (1967) n’a pas été étranger au Mouvement des occupations de Mai 1968. Il n’a cessé depuis de propager la conscience et le projet d’une nouvelle société à construire. Il a notamment publié, au cherche midi, Nous qui désirons sans fin (1996), Dictionnaire des citations pour servir au divertissement et à l’intelligence du temps (1998), Pour une internationale du genre humain (1999), Déclaration des droits de l’être Humain (2001), Le Chevalier, la dame, le diable et la mort (2003), Journal imaginaire (2006), De l’Amour (2010) et Lettre à mes enfants et aux enfants du monde à venir (2012).

 




(Source/ lundimatin#234, 21 mars 2020)

2 – « Dehors, le cercueil, dedans la télévision, la fenêtre ouverte sur un monde fermé ! »

Coronavirus – Raoul Vaneigem

« Dehors, le cercueil, dedans la télévision, la fenêtre ouverte sur un monde fermé ! »

Contester le danger du coronavirus relève à coup sûr de l’absurdité. En revanche, n’est-il pas tout aussi absurde qu’une perturbation du cours habituel des maladies fasse l’objet d’une pareille exploitation émotionnelle et rameute cette incompétence arrogante qui bouta jadis hors de France le nuage de Tchernobyl ? Certes, nous savons avec quelle facilité le spectre de l’apocalypse sort de sa boite pour s’emparer du premier cataclysme venu, rafistoler l’imagerie du déluge universel et enfoncer le soc de la culpabilité dans le sol stérile de Sodome et Gomorrhe. [1]

[ Traduction italienne ]

La malédiction divine secondait utilement le pouvoir. Du moins jusqu’au tremblement de terre de Lisbonne en 1755, lorsque le marquis de Pombal, ami de Voltaire, tire parti du séisme pour massacrer les jésuites, reconstruire la ville selon ses conceptions et liquider allègrement ses rivaux politiques à coups de procès « proto-staliniens. » On ne fera pas l’injure à Pombal, si odieux qu’il soit, de comparer son coup d’éclat dictatorial aux misérables mesures que le totalitarisme démocratique applique mondialement à l’épidémie de coronavirus.

Quel cynisme que d’imputer à la propagation du fléau la déplorable insuffisance des moyens médicaux mis en œuvre ! Cela fait des décennies que le bien public est mis à mal, que le secteur hospitalier fait les frais d’une politique qui favorise les intérêts financiers au détriment de la santé des citoyens. Il y a toujours plus d’argent pour les banques et de moins en moins de lits et de soignants pour les hôpitaux. Quelles pitreries dissimulera plus longtemps que cette gestion catastrophique du catastrophisme est inhérente au capitalisme financier mondialement dominant, et aujourd’hui mondialement combattu au nom de la vie, de la planète et des espèces à sauver.

Sans verser dans cette resucée de la punition divine qu’est l’idée d’une Nature se débarrassant de l’Homme comme d’une vermine importune et nuisible, il n’est pas inutile de rappeler que pendant des millénaires, l’exploitation de la nature humaine et de la nature terrestre a imposé le dogme de l’anti-physis, de l’anti-nature. Le livre d’Eric Postaire, Les épidémies du XXIe siècle, paru en 1997, confirme les effets désastreux de la dénaturation persistante, que je dénonce depuis des décennies. Evoquant le drame de la « vache folle » (prévu par Rudolf Steiner dès 1920), l’auteur rappelle qu’en plus d’être désarmés face à certaines maladies nous prenons conscience que le progrès scientifique lui-même peut en provoquer. Dans son plaidoyer en faveur d’une approche responsable des épidémies et de leur traitement, il incrimine ce que le préfacier, Claude Gudin, appelle la ’ philosophie du tiroir caisse ’. Il pose la question : « A subordonner la santé de la population aux lois du profit, jusqu’à transformer des animaux herbivores en carnivores, ne risquons-nous pas de provoquer des catastrophes fatales pour la Nature et l’Humanité ? » Les gouvernants, on le sait, ont déjà répondu par un OUI unanime. Quelle importance puisque le NON des intérêts financiers continue de triompher cyniquement ?

Fallait-il le coronavirus pour démontrer aux plus bornés que la dénaturation pour raison de rentabilité a des conséquences désastreuses sur la santé universelle – celle que gère sans désemparer une Organisation mondiale dont les précieuses statistiques pallient la disparition des hôpitaux publics ? Il existe une corrélation évidente entre le coronavirus et l’effondrement du capitalisme mondial. Dans le même temps, il apparaît non moins évidemment que ce qui recouvre et submerge l’épidémie du coronavirus, c’est une peste émotionnelle, une peur hystérique, une panique qui tout à la fois dissimule les carences de traitement et perpétue le mal en affolant le patient. Lors des grandes épidémies de peste du passé, les populations faisaient pénitence et clamaient leur coulpe en se flagellant. Les managers de la déshumanisation mondiale n’ont-ils pas intérêt à persuader les peuples qu’il n’y a pas d’issue au sort misérable qui leur est fait ? Qu’il ne leur reste que la flagellation de la servitude volontaire ? La formidable machine médiatique ne fait que ressasser le vieux mensonge du décret céleste, impénétrable, inéluctable où l’argent fou a supplanté les Dieux sanguinaires et capricieux du passé.

Le déchaînements de la barbarie policière contre les manifestants pacifiques a amplement montré que la loi militaire est la seule chose qui fonctionnait efficacement. Elle confine aujourd’hui femmes, hommes et enfants en quarantaine. Dehors, le cercueil, dedans la télévision, la fenêtre ouverte sur un monde fermé ! C’est une mise en condition capable d’aggraver le malaise existentiel en misant sur les émotions écorchées par l’angoisse, en exacerbant l’aveuglement de la colère impuissante.

Mais même le mensonge cède à l’effondrement général. La crétinisation étatique et populiste a atteint ses limites. Elle ne peut nier qu’une expérience est en cours. La désobéissance civile se propage et rêve de sociétés radicalement nouvelles parce que radicalement humaines. La solidarité libère de leur peau de mouton individualiste des individus qui ne craignent plus de penser par eux-mêmes.

Le coronavirus est devenu le révélateur de la faillite de l’État. Voilà au moins un sujet de réflexion pour les victimes du confinement forcé. Lors de la parution de mes Modestes propositions aux grévistes, des amis m’ont remontré la difficulté de recourir au refus collectif, que je suggérais, d’acquitter les impôts, taxes, prélèvements fiscaux. Or, voilà que la faillite avérée de l’État-escroc atteste un délabrement économique et social qui rend absolument insolvables les petites et moyennes entreprises, le commerce local, les revenus modestes, les agriculteurs familiaux et jusqu’aux professions dites libérales. L’effondrement du Léviathan a réussi à convaincre plus rapidement que nos résolutions de l’abattre.

Le coronavirus a fait mieux encore. L’arrêt des nuisances productivistes a diminué la pollution mondiale, il épargne une mort programmée à des millions de personnes, la nature respire, les dauphins reviennent batifoler en Sardaigne, les canaux de Venise purifiés du tourisme de masse retrouvent une eau claire, la bourse s’effondre. l’Espagne se résout à nationaliser les hôpitaux privés, comme si elle redécouvrait la sécurité sociale, comme si l’État se souvenait de l’Etat-providence qu’il a détruit.

Rien n’est acquis, tout commence. L’utopie marche encore à quatre pattes. Abandonnons à leur inanité céleste les milliards de bank-notes et d’idées creuses qui tournent en rond au-dessus de nos têtes. L’important, c’est de « faire nos affaires nous-mêmes » en laissant la bulle affairiste se défaire et imploser. Gardons-nous de manquer d’audace et de confiance en nous !

Notre présent n’est pas le confinement que la survie nous impose, il est l’ouverture à tous les possibles. C’est sous l’effet de la panique que l’Etat oligarchique est contraint d’adopter des mesures qu’hier encore il décrétait impossibles. C’est à l’appel de la vie et de la terre à restaurer que nous voulons répondre. La quarantaine est propice à la réflexion. Le confinement n’abolit pas la présence de la rue, il la réinvente. Laissez-moi penser, cum grano salis , que l’insurrection de la vie quotidienne a des vertus thérapeutiques insoupçonnées.

17 mars 2020

Raoul Vaneigem

[1] Cet articles est issu d’un recueil de textes et d’entretiens à paraître aux éditions Grevis et qui s’intitulera L’insurrection de la vie quotidienne. Sa publication était prévue pour mi-avril mais au vu de la situation actuelle, elle se retrouve repoussée. Vous pouvez consulter le site de l’éditeur pour vous tenir au courant.

Le virus de la contrainte/ Pièce & main d’oeuvre

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(source/ Pièces et main d’œuvre Grenoble, le 11 avril 2020)

Le virus de la contrainte

 

Voici nos derniers rapports sur les événements en cours. Ci-dessous, un symptôme d’actualité à partir de l’état d’urgence sanitaire et de la mise en place de la traque électronique. Puis, une analyse théorique de la société de contrainte, « Ville-machine, société de contrainte », à lire ici : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1255.

Il se dit beaucoup ces jours-ci que la première victime d’une guerre – y compris d’une guerre sanitaire -, c’est la vérité (merci Kipling). Aussi, nous en apprenons chaque jour davantage sur les opérations du Virus.
En janvier, nous avions pitié des Chinois incarcérés par leur technocratie et traqués par des moyens technologiques. En avril, nous sommes tous chinois.

Gouverner, c’est mentir.
Gouverner, c’est contraindre.
Et ce qui nous est communiqué par la Voix des Ondes derrière le masque du Virus, ce sont les ordres de nos experts, scientifiques et technocrates.

L’épidémie, la vraie, c’est la peste numérique dont les puces électroniques sont le vecteur, et qui saisit l’occasion pour nous réduire à l’état de numéros esclaves. De machins dans la machine. Le virus, le vrai, c’est celui de la contrainte technologique, qui trouve un terrain d’autant plus favorable dans le désir de prise en charge de ceux à qui la liberté pèse trop lourd.

Il se dit aussi que les zéros sociaux murmurent sur les « réseaux sociaux » : ce sera pire après.
Ce n’est pas de manière virtuelle que les zéros sociaux, physiquement dispersés par l’urgence sanitaire, peuvent résister à la contamination numérique.
Ce n’est pas sur les réseaux sociaux qu’un peuple physiquement dispersé par l’épidémie d’autorité peut résister au coup d’Etat permanent de la technocratie dirigeante.

Numéros zéros ! il ne tient qu’à vous de briser vos chaînes numériques. Fuyez les « réseaux sociaux », jetez vos smartphones, refusez le puçage électronique (notamment les compteurs Linky), boycottez Amazon et la consommation virtuelle !

Pièces et main d’œuvre

Grenoble, le 11 avril 2020

À bas l’état d’urgence sanitaire

Brisons nos chaînes numériques




La désinformation comme le coronavirus se propagent. Pour combattre la désinformation, il est important de partager des informations venant de sources fiables comme les autorités sanitaires et l’Organisation mondiale de la santé. Pendant l’épidémie de Covid-19, ne faites confiance qu’aux sources d’informations officielles et aux médias crédibles. Ne partagez pas d’informations non vérifiées. Ceci est un message de l’Unesco.

La radio nationale

Il n’est pas croyable comme le peuple, dès lors qu’il est assujetti, tombe si soudain en un tel et si profond oubli de la franchise1, qu’il n’est pas possible qu’il se réveille pour la ravoir, servant si franchement et tant volontiers qu’on dirait, à le voir, qu’il a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude.

La Boétie



La question s’est posée durant la guerre, la vraie. Comment distinguer les avions ennemis pour les abattre? On doit aux militaires anglais le système d’identification longue distance nommé « Identify : friend or foe » : un transpondeur capable de décoder de loin un signal électronique. Un demi-siècle de miniaturisation a réduit ce dispositif en puce RFID – Radio frequency identification – si furtive qu’elle se loge partout dans les objets du quotidien, des livres des bibliothèques et des produits de consommation aux cartes sans contact, aux arbres ou aux poubelles des métropoles. Et en version sous-cutanée dans des animaux (sauvages, domestiques et d’élevage) et de plus en plus d’humains.

C’est d’Outre-Manche que vient aussi le mot traceability, introduit en français en 1994 en même temps que le prion dans le cerveau de vaches nourries aux farines animales. Le puçage des animaux devait rassurer les consommateurs de malbouffe mondialisée. La traçabilité – la traque – est la réponse industrielle aux dégâts écologiques et sanitaires de l’industrie.

A l’époque, le ministère de l’Intérieur anglais voulait pucer les criminels sexuels volontaires, afin de les pister par satellites et de vérifier leur rythme cardiaque. Projet avorté à notre connaissance, mais de nombreux élèves de collèges britanniques sont aujourd’hui identifiés et suivis par RFID. Cette histoire, nous l’avons racontée dans un livre publié en 2008, où nous écrivions : « Refusons de transformer nos animaux en gadgets électroniques, ou nous subirons le même sort. »

 

Les écrits restent. Encore un peu. En attendant que le réchauffement climatique porte la température de nos mémoires à 232,8° degrés centigrades, soit la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume.

Que des chercheurs d’Oxford vantent, équations à l’appui, les bienfaits de la traque des contaminés – friend or foe ? – pour limiter la pandémie de coronavirus n’est donc pas pour nous surprendre. Trêve d’anglophobie : la Chine et Singapour ont ouvert la voie et les labos en intelligence artificielle et en flicage éthique du monde entier développent leur appli anti-virus. Le secrétaire d’Etat au numérique Cédric O et le ministre de la santé Olivier Véran nous informent que la nôtre s’appellera Stop-Covid. Nos ingénieurs de l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique) y travaillent au sein d’un consortium européen. Validation du cyber-député Cédric Villani, premier vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques : « Il n’y a pas d’obstacles, puisque tous les acteurs convergent pour dire que ce sont des technologies éthiques et acceptables, à condition de respecter certains principes ».

Mais il n’y a jamais d’obstacles pour ceux qui n’ont pas de principes. Souvenez-vous d’Olivier Véran, qui le 24 mars se disait opposé à la traque numérique au nom des « libertés publiques et fondamentales», ou de Christophe Castaner, refusant le 26 mars « ces systèmes qui, au fond, atteignent la liberté individuelle de chacun pour être efficaces. Donc, ce n’est pas un sujet sur lequel nous travaillons. »

Le sujet sur lequel travaille la technocratie, la classe de l’efficacité et de la rationalité maximales, c’est l’accroissement de sa puissance par tous les moyens. Les moyens juridiques, avec un « état d’urgence sanitaire » qui justifie tous les abus de pouvoir de l’état d’exception et l’abandon de la légitimité aux experts scientifiques, mais surtout les moyens matériels, concrets, de la puissance : la technologie.

Quand Malaparte publiait en 1931 sa Technique du coup d’Etat, il prenait acte du fait que l’Etat moderne étant devenu un appareil technologique et industriel (radiodiffusion, chemins de fer, télécommunications et industrie), le coup d’Etat lui-même était devenu une affaire technologique. Voir Octobre 1917 ou la marche sur Rome de 1922.

Nous subissons de longue date les effets, non pas d’une « révolution technologique », comme dit la propagande, mais d’un coup d’Etat permanent mené au nom de l’efficacité devenue à elle-même sa propre fin ultime, et justifiant le bouleversement perpétuel de nos conditions d’existence.
Les commentateurs nous diront vite si cette éruption du virus est un événement bascule, ou une accélération de l’emballement techno-totalitaire qui s’engouffre dans toutes les crises (incendies, inondations, terrorisme, etc).

Guerre, catastrophe ou pandémie, la crise ouvre au pouvoir des fenêtres d’opportunité pour fortifier le coup d’Etat technologique permanent. Comment refuser une solution efficace ? Nous voici tous Chinois. Aussi bien les avocats des « bons usages » de la technologie discutent-ils la traque numérique au motif que « ça ne sert à rien si tout le monde n’a pas un téléphone portable (…) si on est dans une zone qui n’est pas couverte » (Mélenchon), et donc « l’efficacité de ce type de procédé n’est pas prouvée » (La Quadrature du Net). Trouvez un dispositif de traque efficace et validé par la CNIL et ils se rendront. La fin justifie les moyens.

 

Le Groupe européen d’éthique auprès de la Commission européenne, certes pas une référence libertaire, écrivait en 2005 :

« (…) après leur mise en observation par vidéosurveillance et biométrie, les individus sont modifiés par divers dispositifs électroniques, comme les puces sous-cutanées et les RFID, qui tendent de plus en plus à leur mise en réseau. À terme, ils pourraient donc se trouver connectés en permanence et reconfigurés, de façon à transmettre ou à recevoir des signaux permettant un traçage et une détermination de leurs mouvements, de leurs habitudes et de leurs contacts. Il est certain qu’une telle évolution modifierait l’autonomie des individus, sur le plan tant théorique que réel, et porterait atteinte à leur dignité. »

L’autonomie et la dignité font défaut à une population dégradée par des décennies d’abandon à la Mère-Machine. Les machins veulent une Machine. L’évolution redoutée par les éthiciens européens a déjà eu lieu. Un détail technologique diffère de leurs prévisions : les smartphones, diffusés après les puces RFID. Pour l’instant, les humains diminués se contentent de la cyber-prothèse greffée à leur main. L’implant corporel, plus coûteux et perfectionné, sera peut-être réservé aux humains supérieurs de la caste transhumaniste. Le bracelet électronique et l’injection sous-cutanée, aux réfractaires.

C’est grâce à l’assistant électronique universel – le smartphone – que les smart moutons sont traqués, tel le steack haché industriel dans son flux logistique. Ce qu’on fait aux animaux, on le fait aux humains.

Soulagée de renoncer à une vie libre et autonome, la masse confie sa capacité de penser et d’agir à l’intelligence ambiante et à l’« intelligence » artificielle. La première – de l’anglais intelligence : renseignement – désigne en novlangue cybernétique la contamination numérique de notre environnement (puces, capteurs, objets connectés, réseaux de communication sans fil), nécessaire au pillage de myriades de données numérisées. La seconde calcule ces données pour en tirer modèles, indicateurs, profils et décisions.

Exemple: cribler les milliards de messages postés sur Facebook et Twitter et demander à l’« intelligence » artificielle de débusquer et « éliminer les messages néfastes [et] gommer toutes les allusions à de faux remèdes contre la maladie ».

Autre exemple : aspirer les données de géolocalisation des smartphones, les combiner aux données de corona-santé de la population et déléguer à l’« intelligence » artificielle la modélisation du déconfinement. C’est l’objet de l’initiative «CovidIA» lancée par des chercheurs français. Orange fournit déjà des modélisations des flux de population à partir de données de géolocalisation anonymes, donc « éthiques ». Quoique « les scientifiques ont largement prouvé que le concept de données anonymes est trompeur ». Si Le Monde le dit.

Il paraît que la condition sine qua non pour que de telles chaînes électroniques soient éthiques est le volontariat des enchaînés. Tout allant pour le mieux dans le meilleur des mondes, un sondage du 31 mars révèle que 80 % des Français sont favorables à l’appli de traçabilité du cheptel humain. Et pourquoi pas, puisqu’ils obéissent déjà, toute la journée, aux injonctions de la machine. Au feu, tournez à droite.Tapez Etoile. Buvez régulièrement. Présentez votre carte devant le lecteur. Recommencez. Attention, vous sortez du périmètre autorisé d’un kilomètre autour de votre domicile.

 

Hannah Arendt : « Les dirigeants totalitaires tablent sur la contrainte que nous pouvons nous imposer à nous-mêmes, pour mobiliser en partie les gens dont ils ont encore besoin ; cette contrainte intérieure est la tyrannie de la logique à laquelle rien ne résiste sinon la grande aptitude de l’homme à commencer quelque chose de nouveau. La tyrannie de la logique commence avec la soumission de l’esprit à la logique comme processus sans fin, sur lequel l’homme compte pour engendrer ses pensées. Par cette soumission, il renonce à sa liberté intérieure de même qu’il renonce à sa liberté de mouvement lorsqu’il s’incline devant une tyrannie extérieure à lui. »

Ceux à qui la liberté pèse trop lourd aspirent sans contrainte aucune au techno-totalitarisme. Pas de liberté, pas de responsabilité. Mère-Machine s’occupe de tout, et tout ce que demandent les machins, c’est leur prise en charge. La sécurité plutôt que la liberté. L’assignation à résidence, cyber-fliqués et réduits au fonctionnement virtuel (mais à haut débit) dans un « état d’urgence » dirigé par les experts, plutôt que les hasards d’une vie libre et humaine.

Une population habituée à cultiver son autonomie et ses liens, bref une population responsable, n’aurait pas besoin d’une telle surorganisation pour combattre la pandémie. Elle le prouve dès que l’Etat défaille.

Gouverner, c’est mentir. Gouverner, c’est contraindre. Ce que nous communiquent les porte-paroles du Virus par la Voix des ondes, ce sont des ordres. Ce qu’avait bien expliqué l’ex-ministre de la Recherche, la VRP sociétale-libérale de la technopole grenobloise, Geneviève Fioraso – par ailleurs marraine politique d’Olivier Véran, son suppléant avant de prendre sa place de député de l’Isère : «La santé, c’est incontestable. Lorsque vous avez des oppositions à certaines technologies et que vous faites témoigner des associations de malades, tout le monde adhère. »

Seuls souffrent de ce techno-totalitarisme – et le dénoncent pour ce qu’il est – ceux qui refusent de devenir des rouages sociaux dépendants de leur connexion au technotope artificiel. Ceux qui se souviennent qu’une vie d’irresponsable est une vie d’esclave.
Nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de notre fonctionnement biologique se paye de la perte de tout ce qui fait le prix de la vie – terre et liberté.

Une société automatisée est une société de contrainte. Si l’arme des humains contre la tyrannie est leur capacité de commencer quelque chose de nouveau, c’est-à-dire de penser et non de déduire, alors les Chimpanzés du futur doivent retrouver et cultiver cette capacité.

Désobéissons aux algorithmes.
Brisons les chaînes numériques (et les smartphones).

Pièces et main d’œuvre

Grenoble, le 11 avril 2020