CORONAVIRUS , « L’insurrection de la vie quotidienne » par Raoul Vaneigen

(source/11 avril 2020/Médiapart)

L’alliance avec la nature exige la fin de son exploitation lucrative

il s’agit désormais de restaurer un milieu naturel où la vie soit possible, l’air respirable, l’eau potable, l’agriculture débarrassée de ses poisons, les libertés du commerce révoquées par la liberté du vivant, le patriarcat dé- membré, les hiérarchies abolies.

CORONAVIRUS , « L’insurrection de la vie quotidienne » par Raoul Vaneigen

1 – « Allons-nous admettre enfin que le marché et ses gestionnaires sont le virus à éradiquer ? »

2 – « Dehors, le cercueil, dedans la télévision, la fenêtre ouverte sur un monde fermé ! »

Contester le danger du coronavirus relève à coup sûr de l’absurdité. En revanche, n’est-il pas tout aussi absurde qu’une perturbation du cours habituel des maladies fasse l’objet d’une pareille exploitation émotionnelle et rameute cette

Les dividendes

1 – « Allons-nous admettre enfin que le marché et ses gestionnaires sont le virus à éradiquer ? »

Peuples du monde, encore un effort ! par Raoul Vaneigem

Texte publié le 11 avril 2020 sur le site de Médiapart qui accueille des blogs affiliés au journal ; ici, le blog de « Au jour d’après ».

« Allons-nous admettre enfin que le marché et ses gestionnaires sont le virus à éradiquer ? », demande Raoul Vaneigem, 86 ans, auteur avant mai 1968 du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations. Aujourd’hui : « Ce dont nous ne voulons plus est le ferment de ce que nous voulons. (…) Il nous reste la passion d’un présent à construire ».

Le choc du coronavirus n’a fait qu’exécuter le jugement que prononçait contre elle-même une économie totalitaire fondée sur l’exploitation de l’homme et de la nature.

Le vieux monde défaille et s’effondre. Le nouveau, consterné par l’amoncellement des ruines, n’ose les déblayer ; plus apeuré que résolu, il peine à retrouver l’audace de l’enfant qui apprend à marcher. Comme si avoir longtemps crié au désastre laissait le peuple sans voix.

Pourtant, celles et ceux qui ont échappé aux mortels tentacules de la marchandise sont debout parmi les décombres. Ils s’éveillent à la réalité d’une existence qui ne sera plus la même. Ils désirent s’affranchir du cauchemar que leur a asséné la dénaturation de la terre et de ses habitants.

N’est-ce pas la preuve que la vie est indestructible ? N’est-ce pas sur cette évidence que se brisent dans le même ressac les mensonges d’en haut et les dénonciations d’en bas ?

La lutte pour le vivant n’a que faire de justifications. Revendiquer la souveraineté de la vie est en mesure d’anéantir l’empire de la marchandise, dont les institutions sont mondialement ébranlées.

Jusqu’à ce jour, nous ne nous sommes battus que pour survivre. Nous sommes restés confinés dans une jungle sociale où régnait la loi du plus fort et du plus rusé. Allons-nous quitter l’emprisonne- ment auquel nous contraint l’épidémie de coronavirus pour réintégrer la danse macabre de la proie et du prédateur ? N’est-il pas manifeste pour toutes et tous que l’insurrection de la vie quotidienne, dont les gilets jaunes ont été en France le signe annonciateur, n’est rien d’autre que le dépassement de cette survie qu’une société de prédation n’a cessé de nous imposer quotidiennement et militairement ?

Ce dont nous ne voulons plus est le ferment de ce que nous voulons

La vie est un phénomène naturel en ébullition expérimentale permanente. Elle n’est ni bonne ni mauvaise. Sa manne nous fait cadeau de la morille tout autant que de l’amanite phalloïde. Elle est en

nous et dans l’univers comme une force aveugle. Mais elle a doté l’espèce humaine de la capacité de distinguer la morille de l’amanite, et un peu plus ! Elle nous a armés d’une conscience, elle nous a donné la capacité de nous créer en recréant le monde.

« La vie et son sens humain sont la poésie faite par un et par toutes et tous. Cette poésie-là a toujours brillé de son éclat dans les grands soulèvements de la liberté. »

Pour nous faire oublier cette extraordinaire faculté, il a fallu que pèse sur nous le poids d’une histoire qui débute avec les premières Cités-États et se termine – d’autant plus hâtivement que nous y mettrons la main – avec l’effritement de la mondialisation marchande.

La vie n’est pas une spéculation. Elle n’a que foutre des marques de respect, de vénération, de culte. Elle n’a d’autre sens que la conscience humaine, dont elle a doté notre espèce pour l’éclairer.

La vie et son sens humain sont la poésie faite par un et par toutes et tous. Cette poésie-là a toujours brillé de son éclat dans les grands soulèvements de la liberté. Nous ne voulons plus qu’elle soit, comme par le passé, un éclair éphémère. Nous voulons mettre en œuvre une insurrection permanente, à l’image du feu passionnel de la vie, qui s’apaise mais jamais ne s’éteint.

C’est du monde entier que s’improvise un chant des pistes. C’est là que notre volonté de vivre se forge en brisant les chaînes du pouvoir et de la pré- dation. Des chaînes que nous, femmes et hommes, nous avons forgées pour notre malheur.

Nous voici au cœur d’une mutation sociale, économique, politique et existentielle. C’est le moment du « Hic Rhodus, hic salta, Ici est Rhodes, ici tu sautes ». Ce n’est pas une injonction à reconquérir le monde dont nous avons été chassés. C’est le souffle d’une vie que l’irrésistible élan des peuples va rétablir dans ses droits absolus.

L’alliance avec la nature exige la fin de son exploitation lucrative

Nous n’avons pas assez pris conscience de la relation concomitante entre la violence exercée par l’économie à l’encontre de la nature qu’elle razzie, et la violence dont le patriarcat frappe les femmes depuis son instauration, il y a trois ou quatre mille ans avant l’ère dite chrétienne.

Avec le capitalisme vert-dollar, le pillage brutal des ressources terrestres tend à céder la place aux grandes manœuvres de la subornation. Au nom de la protection de la nature, c’est encore la nature qui est mise à prix. Ainsi en va-t-il dans les simulacres de l’amour lorsque le violeur se pomponne en séducteur pour mieux agripper sa proie. La prédation recourt de longue date à la pratique du gant de velours.

Nous sommes à l’heure où une nouvelle alliance avec la nature revêt une importance prioritaire. Il ne s’agit pas évidemment de retrouver – comment le pourrait-on ? – la symbiose avec le milieu naturel dans laquelle évoluaient les civilisations de la cueillette avant que vienne les supplanter une civilisation fondée sur le commerce, l’agriculture intensive, la société patriarcale et le pouvoir hiérarchisé.

Mais, on l’aura compris, il s’agit désormais de restaurer un milieu naturel où la vie soit possible, l’air respirable, l’eau potable, l’agriculture débarrassée de ses poisons, les libertés du commerce révoquées par la liberté du vivant, le patriarcat dé- membré, les hiérarchies abolies.

Les effets de la déshumanisation et des attaques menées systématiquement contre l’environnement n’ont pas eu besoin du coronavirus pour démontrer la toxicité de l’oppression marchande. En revanche, la gestion catastrophique du cataclysme a montré l’incapacité de l’État à faire preuve de la moindre efficacité en dehors de la seule fonction qu’il soit à même d’exercer : la répression, la militarisation des individus et des sociétés.

La lutte contre la dénaturation n’a que faire des promesses et des louables intentions rhétoriques, qu’elles soient soudoyées ou non par le marché des énergies renouvelables. Elle repose sur un projet pratique qui mise sur l’inventivité des individus et des collectivités. La permaculture renaturant les terres empoisonnées par le marché des pesticides n’est qu’un témoignage de la créativité d’un peuple qui a tout à gagner d’anéantir ce qui a conjuré sa perte. Il est temps de bannir ces élevages concentrationnaires où la maltraitance des animaux fut notamment cause de la peste porcine, de la grippe aviaire, de la vache rendue folle par cette folie de l’argent fétichisé que la raison économique va une fois de plus tenter de nous faire ingurgiter sinon digérer.

Ont-elles un sort si différent du nôtre ces bêtes de batteries qui sortent du confinement pour entrer dans l’abattoir ? Ne sommes-nous pas dans une

société qui distribue des dividendes au parasitisme d’entreprise et laisse mourir hommes, femmes et enfants faute de moyens thérapeutiques ? Une imparable logique économique allège ainsi les charges budgétaires, imputables au nombre croissant de vieilles et de vieux. Elle préconise une solution finale qui les condamne impunément à crever dans des maisons de retraites dénuées de moyens et d’aides-soignants. Il s’est trouvé à Nancy, en France, un haut responsable de la santé pour déclarer que l‘épidémie n’est pas une raison valable pour ne pas supprimer plus de lits et de personnel hospitalier. Personne ne l’a chassé à grands coups de pieds aux fesses. Les assassins économiques suscitent moins d’émoi qu’un malade mental courant les rues en brandissant le couteau de l’illumination religieuse.

Je n’en appelle pas à la justice du peuple, je ne préconise pas de septembriser les pouacres du chiffre d’affaire. Je demande seulement que la générosité humaine rende impossible le retour de la raison marchande.

Tous les modes de gouvernement que nous avons connus ont fait faillite, délités par leur cruelle absurdité. C’est au peuple qu’il appartient de mettre en œuvre un projet de société qui restitue à l’humain, à l’animal, au végétal, au minéral une unité fondamentale.

Le mensonge qualifiant d’utopie un tel projet n’a pas résisté au choc de la réalité. L’histoire a frappé la civilisation marchande d’obsolescence et d’insanité. L’édification d’une civilisation humaine n’est pas seulement devenue possible, elle fraie l’unique voie qui, passionnément et désespérément rêvée par d’innombrables générations, s’ouvre sur la fin de nos cauchemars.

Car le désespoir a changé de camp, il appartient au passé. Il nous reste la passion d’un présent à construire. Nous allons prendre le temps d’abolir le time is money qui est le temps de la mort programmée.

La renaturation est un bouillon de cultures nouvelles où nous aurons à tâtonner entre confusion et innovations dans les domaines les plus divers. N’avons-nous pas accordé trop de crédit à une médecine mécaniste qui souvent traite le corps comme un garagiste la voiture confiée à son entretien ? Comment ne pas se défier d’un expert qui vous répare pour vous renvoyer au travail ?

Si longtemps martelé par les impératifs productivistes, le dogme de l’anti-nature n’a-t-il pas contribué à exaspérer nos réactions émotionnelles, à propager panique et hystérie sécuritaire, en exacerbant en conséquence le conflit avec un virus que l’immunité de notre organisme aurait eu quelque chance d’amadouer ou de rendre moins agressif, si toutefois elle n’avait été mise à mal par un totalitarisme marchand, auquel rien d’inhumain n’est étranger ?

On nous a bassinés à satiété avec les progrès de la technologie. Pour aboutir à quoi ? Les navettes célestes vers Mars et l’absence terrestre de lits et de respirateurs dans les hôpitaux.

Assurément, il y aura plus à s’émerveiller des découvertes d’une vie dont nous ignorons tout, ou presque. Qui en douterait ? Hormis les oligarques et leurs larbins, que la diarrhée mercantile vide de leur substance, et que nous allons confiner dans leurs latrines.

La répression est la dernière raison d’être de l’État. Lui-même la subit sous la pression des multinationales imposant leurs diktats à la terre et à la vie. La prévisible mise en cause des gouvernements répondra à la question : le confinement eût-il été pertinent si les infrastructures médicales étaient demeurées performantes, au lieu de subir le délabrement que l’on sait, décrété par le devoir de rentabilité.

En attendant – force est de le constater – la militarisation et la férocité sécuritaire n’ont fait que prendre le relais de la répression en cours dans le monde entier. L’Ordre démocratique ne pouvait souhaiter meilleur prétexte pour se prémunir contre la colère des peuples. L’emprisonnement chez soi, n’était-ce pas le but des dirigeants, inquiets de la lassitude qui menaçait leurs sections d’assaut de matraqueurs, d’éborgneurs, de tueurs salariés ? Belle répétition générale que cette tactique de la nasse employée contre des manifestants pacifiques, réclamant entre autres la réhabilitation des hopi- taux.

Au moins sommes-nous prévenus : les gouvernements vont tout tenter pour nous faire transiter du confinement à la niche. Mais qui acceptera de passer docilement de l’austérité carcérale au confort de la servilité rafistolée ?

Il est probable que la rage de l’enfermé aura saisi l’occasion de dénoncer le système tyrannique et aberrant qui traite le coronavirus à la façon de ce terrorisme multicolore dont le marché de la peur fait ses choux gras.

La réflexion ne s’arrête pas là. Pensez à ces écoliers qui, dans le pays des Droits de l’Homme, ont été contraints de s’agenouiller devant la flicaille de l’État. Pensez à l’éducation même où l’autoritarisme professoral entrave depuis des siècles la curiosité spontanée de l’enfant et empêche la générosité du savoir de se propager librement. Pensez à quel point l’acharnement concurrentiel, la compétition, l’arrivisme du « pousse-toi de là que je m’y mette » nous ont confinés dans une caserne.

La servitude volontaire est une soldatesque qui marche au pas. Un pas à gauche, un pas à droite ? Quelle importance? L’un et l’autre restent dans l’Ordre des choses.

Quiconque accepte qu’on lui aboie dessus, ou par en dessous, n’a dès à présent qu’un avenir d’es- clave.

SORTIR DU MONDE MORBIDE ET CLOS DE LA CIVILISATION MARCHANDE

La vie est un monde qui s’ouvre et elle est ouverture sur le monde. Certes, elle a souvent subi ce terrible phénomène d’inversion où l’amour se change en haine, où la passion de vivre se transforme en instinct de mort. Pendant des siècles, elle a été réduite en esclavage, colonisée par la fruste nécessité de travailler et de survivre à la façon d’une bête.

Cependant, on ne connaît pas d’exemple d’un enfermement, en cellules d’isolation, de millions de couples, de familles, de solitaires que la faillite des services sanitaires a convaincus d’accepter leur sort sinon docilement du moins avec une rage contenue.

Chacun se retrouve seul, confronté à une existence où il est tenté de démêler la part de travail servile et la part de désirs fous. L’ennui des plaisirs consommables est-il compatible avec l’exaltation des rêves que l’enfance a laissé cruellement inaccomplis ?

La dictature du profit a résolu de tout nous ôter à l’heure même où son impuissance s’étale mondialement et l’expose à un anéantissement possible.

L’absurde inhumanité qui nous ulcère depuis si longtemps a éclaté comme un abcès dans le confinement auquel a mené la politique d’assassinat lucratif, que pratiquent cyniquement les mafias financières.

La mort est la dernière indignité que l’être humain s’inflige. Non sous l’effet d’une malédiction, mais en raison de la dénaturation qui lui fut assignée.

Les chaînes que nous avons forgées dans la peur et la culpabilité, ce n’est ni par la peur ni par la culpabilité que nous les briserons. C’est par la vie redécouverte et restaurée. N’est-ce pas ce que démontre, en ces temps d’oppression extrême, l’invincible puissance de l’entraide et de la solidarité ?

Une éducation serinée pendant des millénaires nous a enseigné à réprimer nos émotions, à briser nos élans de vie. On a voulu à tous prix que la bête qui demeure en nous fasse l’ange.

Nos écoles sont des repaires d’hypocrites, de refoulés, de tortionnaires ratiocinants. Les derniers passionnés de savoir y pataugent avec le courage du désespoir. Allons-nous, en sortant de nos cellules carcérales, apprendre enfin à libérer la science du carcan de son utilité lucrative ? Allons-nous nous employer à affiner nos émotions, non à les réprimer ? À réhabiliter notre animalité, non à la dompter, comme nous domptons nos frères dits inférieurs ?

Je n’incite pas ici à la sempiternelle bonne volonté éthique et psychologique, je pointe du doigt le marché de la peur où le sécuritaire fait entendre son bruit de bottes. J’attire l’attention sur cette manipulation des émotions qui abrutit et crétinise

les foules, je mets en garde contre la culpabilisation qui rôde en quête de boucs émissaires.

Haro sur les vieux, les chômeurs, les sans- papiers, les SDF, les étrangers, les gilets jaunes, les en-dehors ! C’est le mugissement de ces actionnaires du néant qui font boutique du coronavirus pour propager la peste émotionnelle. Les mercenaires de la mort ne font qu’obéir aux injonctions de la logique dominante.

Ce qui doit être éradiqué, c’est le système de déshumanisation mis en place et appliqué férocement par ceux qui le défendent par goût du pouvoir et de l’argent. Il y a longtemps que le capitalisme a été jugé et condamné. Nous croulons sous la pléthore de plaidoiries à charge. Cela suffit.

L’imagerie capitaliste identifiait son agonie à l’agonie du monde entier. Le spectre du coronavirus a été, sinon le résultat prémédité, du moins l’illustration exacte de son absurde maléfice. La cause est entendue. L’exploitation de l’homme par l’homme, dont le capitalisme est un avatar, est une expérience qui a mal tourné. Faisons en sorte que sa sinistre plaisanterie d’apprenti sorcier soit dévorée par un passé dont elle n’aurait jamais dû surgir.

Il n’y a que l’exubérance de la vie retrouvée qui puisse briser du même coup les menottes de la barbarie marchande et la carapace caractérielle qui estampille dans la chair vive de chacun la marque de l’économiquement correct.

Nos FutursLA DEMOCRATIE AUTOGESTIONNAIRE ANNULE LA DÉMOCRATIE PARLEMEN- TAIRE

Il n’est plus question de tolérer que, juchés à tous les étages de leurs commissions nationales, européennes, atlantiques et mondiales, les responsables viennent nous jouer le rôle du coupable et du non-coupable. La bulle de l’économie, qu’ils ont enflée de dettes virtuelles et d’argent fictif, implose et crève sous nos yeux. L’économie est paralysée.

Avant même que le coronavirus révèle l’étendue du désastre, les « hautes instances » ont grippé et arrêté la machine, plus sûrement que les grèves et les mouvements sociaux qui, si utilement contestataires qu’ils fussent, n’en demeurèrent pas moins peu efficaces.
«Nous ne voulons pas juger et condamner le système oppressif qui nous a condamnés à mort. Nous voulons l’anéantir. »

Assez de ces farces électorales et de ces diatribes de pacotille. Que ces élus, emmanchés par la finance, soient balayés tels des immondices et disparaissent de notre horizon comme a disparu en eux la parcelle de vie qui leur prêtait figure humaine.

Nous ne voulons pas juger et condamner le système oppressif qui nous a condamnés à mort. Nous voulons l’anéantir.

Comment ne pas retomber dans ce monde qui s’effondre, en nous et devant nous, sans édifier une société avec l’humain qui demeure à la portée de nos mains, avec la solidarité individuelle et collective ? La conscience d’une économie gérée par le peuple et pour le peuple implique la liquidation des mécanismes de l’économie marchande.

Dans son dernier coup d’éclat, l’État ne s’est pas contenté de prendre les citoyens en otages et de les emprisonner. Sa non-assistance à personne en danger les tue par milliers.

L’État et ses commanditaires ont bousillé les services publics. Plus rien ne marche. Nous le savons en toute certitude: la seule chose qu’il réussit à faire fonctionner, c’est l’organisation criminelle du profit.

Ils ont mené leurs affaires au mépris du peuple, le résultat est déplorable. Au peuple de faire les siennes en achevant de ruiner les leurs. À nous de tout faire repartir sur des voies nouvelles.

Plus la valeur d’échange l’emporte sur la valeur d’usage, plus s’impose le règne la marchandise. Plus nous accorderons la priorité à l’usage que nous souhaitons faire de notre vie et de notre environne- ment, plus la marchandise perdra de son mordant. La gratuité lui portera l’estocade.

L’autogestion marque la fin de l’État dont la pandémie a mis en lumière et la faillite, et la nocivité. Les protagonistes de la démocratie parlementaire sont les croque-morts d’une société déshumanisée pour cause de rentabilité.

On a vu en revanche le peuple, confronté aux carences des gouvernements, faire preuve d’une solidarité indéfectible et mettre en œuvre une véritable autodéfense sanitaire. N’est-ce pas là une expérience qui laisse augurer une extension des pratiques autogestionnaires ?

Rien n’est plus important que de nous préparer à prendre en charge les secteurs publics, jadis assumés par l’État, avant que la dictature du profit les envoie à la casse.

L’État et la rapacité de ses commanditaires ont tout mis à l’arrêt, tout paralysé, sauf l’enrichisse- ment des riches. Ironie de l’histoire, la paupérisation est désormais la base d’une reconstruction générale de la société. Celui qui a affronté la mort, comment aurait-il peur de l’État et de sa flicaille ?

Notre richesse, c’est notre volonté de vivre

Refuser de payer taxes et impôts a cessé d’appartenir au répertoire des incitations subversives. Comment seraient-elles en mesure de s’en acquitter, ces millions de personnes qui vont manquer de moyens de subsistance alors que l’argent, chiffré en milliards, continue d’être engloutis dans l’abîme des malversations financières et de la dette creusée par elles ? Ne l’oublions pas, c’est de la priorité accordée au profit que naissent et les pandémies et l’incapacité de les traiter. Allons-nous en rester à l’enseigne de la vache folle sans en tirer de

leçon ? Allons-nous admettre enfin que le marché et ses gestionnaires sont le virus à éradiquer ?

Le temps n’est plus à l’indignation, aux lamentations, aux constats du désarroi intellectuel. J’insiste sur l’importance des décisions que les assemblées locales et fédérées prendront « par le peuple et pour le peuple » en matière d’alimentation, de logement, de transport, de santé, d’enseignement, de coopérative monétaire, d’amélioration de l’environnement humain, animal, végétal.

Allons de l’avant, même en tâtonnant. Mieux vaut errer en expérimentant que régresser et réitérer

les erreurs du passé. L’autogestion est en germe dans l’insurrection de la vie quotidienne. Souvenons-nous que ce qui a détruit et interrompu l’expérience des collectivités libertaires de la révolution espagnole, c’est l’imposture communiste.

Je ne demande à personne de m’approuver, et moins encore de me suivre. Je vais mon chemin. Libre à chacune et à chacun d’en faire autant. Le désir de vie est sans limite. Notre vraie patrie est partout où la liberté de vivre est menacée. Notre terre est une patrie sans frontière.

Raoul Vaneigem, 10 avril 2020.

Né en 1934, Raoul Vaneigem a participé à l’Internationale situationniste. Son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (1967) n’a pas été étranger au Mouvement des occupations de Mai 1968. Il n’a cessé depuis de propager la conscience et le projet d’une nouvelle société à construire. Il a notamment publié, au cherche midi, Nous qui désirons sans fin (1996), Dictionnaire des citations pour servir au divertissement et à l’intelligence du temps (1998), Pour une internationale du genre humain (1999), Déclaration des droits de l’être Humain (2001), Le Chevalier, la dame, le diable et la mort (2003), Journal imaginaire (2006), De l’Amour (2010) et Lettre à mes enfants et aux enfants du monde à venir (2012).

 




(Source/ lundimatin#234, 21 mars 2020)

2 – « Dehors, le cercueil, dedans la télévision, la fenêtre ouverte sur un monde fermé ! »

Coronavirus – Raoul Vaneigem

« Dehors, le cercueil, dedans la télévision, la fenêtre ouverte sur un monde fermé ! »

Contester le danger du coronavirus relève à coup sûr de l’absurdité. En revanche, n’est-il pas tout aussi absurde qu’une perturbation du cours habituel des maladies fasse l’objet d’une pareille exploitation émotionnelle et rameute cette incompétence arrogante qui bouta jadis hors de France le nuage de Tchernobyl ? Certes, nous savons avec quelle facilité le spectre de l’apocalypse sort de sa boite pour s’emparer du premier cataclysme venu, rafistoler l’imagerie du déluge universel et enfoncer le soc de la culpabilité dans le sol stérile de Sodome et Gomorrhe. [1]

[ Traduction italienne ]

La malédiction divine secondait utilement le pouvoir. Du moins jusqu’au tremblement de terre de Lisbonne en 1755, lorsque le marquis de Pombal, ami de Voltaire, tire parti du séisme pour massacrer les jésuites, reconstruire la ville selon ses conceptions et liquider allègrement ses rivaux politiques à coups de procès « proto-staliniens. » On ne fera pas l’injure à Pombal, si odieux qu’il soit, de comparer son coup d’éclat dictatorial aux misérables mesures que le totalitarisme démocratique applique mondialement à l’épidémie de coronavirus.

Quel cynisme que d’imputer à la propagation du fléau la déplorable insuffisance des moyens médicaux mis en œuvre ! Cela fait des décennies que le bien public est mis à mal, que le secteur hospitalier fait les frais d’une politique qui favorise les intérêts financiers au détriment de la santé des citoyens. Il y a toujours plus d’argent pour les banques et de moins en moins de lits et de soignants pour les hôpitaux. Quelles pitreries dissimulera plus longtemps que cette gestion catastrophique du catastrophisme est inhérente au capitalisme financier mondialement dominant, et aujourd’hui mondialement combattu au nom de la vie, de la planète et des espèces à sauver.

Sans verser dans cette resucée de la punition divine qu’est l’idée d’une Nature se débarrassant de l’Homme comme d’une vermine importune et nuisible, il n’est pas inutile de rappeler que pendant des millénaires, l’exploitation de la nature humaine et de la nature terrestre a imposé le dogme de l’anti-physis, de l’anti-nature. Le livre d’Eric Postaire, Les épidémies du XXIe siècle, paru en 1997, confirme les effets désastreux de la dénaturation persistante, que je dénonce depuis des décennies. Evoquant le drame de la « vache folle » (prévu par Rudolf Steiner dès 1920), l’auteur rappelle qu’en plus d’être désarmés face à certaines maladies nous prenons conscience que le progrès scientifique lui-même peut en provoquer. Dans son plaidoyer en faveur d’une approche responsable des épidémies et de leur traitement, il incrimine ce que le préfacier, Claude Gudin, appelle la ’ philosophie du tiroir caisse ’. Il pose la question : « A subordonner la santé de la population aux lois du profit, jusqu’à transformer des animaux herbivores en carnivores, ne risquons-nous pas de provoquer des catastrophes fatales pour la Nature et l’Humanité ? » Les gouvernants, on le sait, ont déjà répondu par un OUI unanime. Quelle importance puisque le NON des intérêts financiers continue de triompher cyniquement ?

Fallait-il le coronavirus pour démontrer aux plus bornés que la dénaturation pour raison de rentabilité a des conséquences désastreuses sur la santé universelle – celle que gère sans désemparer une Organisation mondiale dont les précieuses statistiques pallient la disparition des hôpitaux publics ? Il existe une corrélation évidente entre le coronavirus et l’effondrement du capitalisme mondial. Dans le même temps, il apparaît non moins évidemment que ce qui recouvre et submerge l’épidémie du coronavirus, c’est une peste émotionnelle, une peur hystérique, une panique qui tout à la fois dissimule les carences de traitement et perpétue le mal en affolant le patient. Lors des grandes épidémies de peste du passé, les populations faisaient pénitence et clamaient leur coulpe en se flagellant. Les managers de la déshumanisation mondiale n’ont-ils pas intérêt à persuader les peuples qu’il n’y a pas d’issue au sort misérable qui leur est fait ? Qu’il ne leur reste que la flagellation de la servitude volontaire ? La formidable machine médiatique ne fait que ressasser le vieux mensonge du décret céleste, impénétrable, inéluctable où l’argent fou a supplanté les Dieux sanguinaires et capricieux du passé.

Le déchaînements de la barbarie policière contre les manifestants pacifiques a amplement montré que la loi militaire est la seule chose qui fonctionnait efficacement. Elle confine aujourd’hui femmes, hommes et enfants en quarantaine. Dehors, le cercueil, dedans la télévision, la fenêtre ouverte sur un monde fermé ! C’est une mise en condition capable d’aggraver le malaise existentiel en misant sur les émotions écorchées par l’angoisse, en exacerbant l’aveuglement de la colère impuissante.

Mais même le mensonge cède à l’effondrement général. La crétinisation étatique et populiste a atteint ses limites. Elle ne peut nier qu’une expérience est en cours. La désobéissance civile se propage et rêve de sociétés radicalement nouvelles parce que radicalement humaines. La solidarité libère de leur peau de mouton individualiste des individus qui ne craignent plus de penser par eux-mêmes.

Le coronavirus est devenu le révélateur de la faillite de l’État. Voilà au moins un sujet de réflexion pour les victimes du confinement forcé. Lors de la parution de mes Modestes propositions aux grévistes, des amis m’ont remontré la difficulté de recourir au refus collectif, que je suggérais, d’acquitter les impôts, taxes, prélèvements fiscaux. Or, voilà que la faillite avérée de l’État-escroc atteste un délabrement économique et social qui rend absolument insolvables les petites et moyennes entreprises, le commerce local, les revenus modestes, les agriculteurs familiaux et jusqu’aux professions dites libérales. L’effondrement du Léviathan a réussi à convaincre plus rapidement que nos résolutions de l’abattre.

Le coronavirus a fait mieux encore. L’arrêt des nuisances productivistes a diminué la pollution mondiale, il épargne une mort programmée à des millions de personnes, la nature respire, les dauphins reviennent batifoler en Sardaigne, les canaux de Venise purifiés du tourisme de masse retrouvent une eau claire, la bourse s’effondre. l’Espagne se résout à nationaliser les hôpitaux privés, comme si elle redécouvrait la sécurité sociale, comme si l’État se souvenait de l’Etat-providence qu’il a détruit.

Rien n’est acquis, tout commence. L’utopie marche encore à quatre pattes. Abandonnons à leur inanité céleste les milliards de bank-notes et d’idées creuses qui tournent en rond au-dessus de nos têtes. L’important, c’est de « faire nos affaires nous-mêmes » en laissant la bulle affairiste se défaire et imploser. Gardons-nous de manquer d’audace et de confiance en nous !

Notre présent n’est pas le confinement que la survie nous impose, il est l’ouverture à tous les possibles. C’est sous l’effet de la panique que l’Etat oligarchique est contraint d’adopter des mesures qu’hier encore il décrétait impossibles. C’est à l’appel de la vie et de la terre à restaurer que nous voulons répondre. La quarantaine est propice à la réflexion. Le confinement n’abolit pas la présence de la rue, il la réinvente. Laissez-moi penser, cum grano salis , que l’insurrection de la vie quotidienne a des vertus thérapeutiques insoupçonnées.

17 mars 2020

Raoul Vaneigem

[1] Cet articles est issu d’un recueil de textes et d’entretiens à paraître aux éditions Grevis et qui s’intitulera L’insurrection de la vie quotidienne. Sa publication était prévue pour mi-avril mais au vu de la situation actuelle, elle se retrouve repoussée. Vous pouvez consulter le site de l’éditeur pour vous tenir au courant.

Le virus de la contrainte/ Pièce & main d’oeuvre

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(source/ Pièces et main d’œuvre Grenoble, le 11 avril 2020)

Le virus de la contrainte

 

Voici nos derniers rapports sur les événements en cours. Ci-dessous, un symptôme d’actualité à partir de l’état d’urgence sanitaire et de la mise en place de la traque électronique. Puis, une analyse théorique de la société de contrainte, « Ville-machine, société de contrainte », à lire ici : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1255.

Il se dit beaucoup ces jours-ci que la première victime d’une guerre – y compris d’une guerre sanitaire -, c’est la vérité (merci Kipling). Aussi, nous en apprenons chaque jour davantage sur les opérations du Virus.
En janvier, nous avions pitié des Chinois incarcérés par leur technocratie et traqués par des moyens technologiques. En avril, nous sommes tous chinois.

Gouverner, c’est mentir.
Gouverner, c’est contraindre.
Et ce qui nous est communiqué par la Voix des Ondes derrière le masque du Virus, ce sont les ordres de nos experts, scientifiques et technocrates.

L’épidémie, la vraie, c’est la peste numérique dont les puces électroniques sont le vecteur, et qui saisit l’occasion pour nous réduire à l’état de numéros esclaves. De machins dans la machine. Le virus, le vrai, c’est celui de la contrainte technologique, qui trouve un terrain d’autant plus favorable dans le désir de prise en charge de ceux à qui la liberté pèse trop lourd.

Il se dit aussi que les zéros sociaux murmurent sur les « réseaux sociaux » : ce sera pire après.
Ce n’est pas de manière virtuelle que les zéros sociaux, physiquement dispersés par l’urgence sanitaire, peuvent résister à la contamination numérique.
Ce n’est pas sur les réseaux sociaux qu’un peuple physiquement dispersé par l’épidémie d’autorité peut résister au coup d’Etat permanent de la technocratie dirigeante.

Numéros zéros ! il ne tient qu’à vous de briser vos chaînes numériques. Fuyez les « réseaux sociaux », jetez vos smartphones, refusez le puçage électronique (notamment les compteurs Linky), boycottez Amazon et la consommation virtuelle !

Pièces et main d’œuvre

Grenoble, le 11 avril 2020

À bas l’état d’urgence sanitaire

Brisons nos chaînes numériques




La désinformation comme le coronavirus se propagent. Pour combattre la désinformation, il est important de partager des informations venant de sources fiables comme les autorités sanitaires et l’Organisation mondiale de la santé. Pendant l’épidémie de Covid-19, ne faites confiance qu’aux sources d’informations officielles et aux médias crédibles. Ne partagez pas d’informations non vérifiées. Ceci est un message de l’Unesco.

La radio nationale

Il n’est pas croyable comme le peuple, dès lors qu’il est assujetti, tombe si soudain en un tel et si profond oubli de la franchise1, qu’il n’est pas possible qu’il se réveille pour la ravoir, servant si franchement et tant volontiers qu’on dirait, à le voir, qu’il a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude.

La Boétie



La question s’est posée durant la guerre, la vraie. Comment distinguer les avions ennemis pour les abattre? On doit aux militaires anglais le système d’identification longue distance nommé « Identify : friend or foe » : un transpondeur capable de décoder de loin un signal électronique. Un demi-siècle de miniaturisation a réduit ce dispositif en puce RFID – Radio frequency identification – si furtive qu’elle se loge partout dans les objets du quotidien, des livres des bibliothèques et des produits de consommation aux cartes sans contact, aux arbres ou aux poubelles des métropoles. Et en version sous-cutanée dans des animaux (sauvages, domestiques et d’élevage) et de plus en plus d’humains.

C’est d’Outre-Manche que vient aussi le mot traceability, introduit en français en 1994 en même temps que le prion dans le cerveau de vaches nourries aux farines animales. Le puçage des animaux devait rassurer les consommateurs de malbouffe mondialisée. La traçabilité – la traque – est la réponse industrielle aux dégâts écologiques et sanitaires de l’industrie.

A l’époque, le ministère de l’Intérieur anglais voulait pucer les criminels sexuels volontaires, afin de les pister par satellites et de vérifier leur rythme cardiaque. Projet avorté à notre connaissance, mais de nombreux élèves de collèges britanniques sont aujourd’hui identifiés et suivis par RFID. Cette histoire, nous l’avons racontée dans un livre publié en 2008, où nous écrivions : « Refusons de transformer nos animaux en gadgets électroniques, ou nous subirons le même sort. »

 

Les écrits restent. Encore un peu. En attendant que le réchauffement climatique porte la température de nos mémoires à 232,8° degrés centigrades, soit la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume.

Que des chercheurs d’Oxford vantent, équations à l’appui, les bienfaits de la traque des contaminés – friend or foe ? – pour limiter la pandémie de coronavirus n’est donc pas pour nous surprendre. Trêve d’anglophobie : la Chine et Singapour ont ouvert la voie et les labos en intelligence artificielle et en flicage éthique du monde entier développent leur appli anti-virus. Le secrétaire d’Etat au numérique Cédric O et le ministre de la santé Olivier Véran nous informent que la nôtre s’appellera Stop-Covid. Nos ingénieurs de l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique) y travaillent au sein d’un consortium européen. Validation du cyber-député Cédric Villani, premier vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques : « Il n’y a pas d’obstacles, puisque tous les acteurs convergent pour dire que ce sont des technologies éthiques et acceptables, à condition de respecter certains principes ».

Mais il n’y a jamais d’obstacles pour ceux qui n’ont pas de principes. Souvenez-vous d’Olivier Véran, qui le 24 mars se disait opposé à la traque numérique au nom des « libertés publiques et fondamentales», ou de Christophe Castaner, refusant le 26 mars « ces systèmes qui, au fond, atteignent la liberté individuelle de chacun pour être efficaces. Donc, ce n’est pas un sujet sur lequel nous travaillons. »

Le sujet sur lequel travaille la technocratie, la classe de l’efficacité et de la rationalité maximales, c’est l’accroissement de sa puissance par tous les moyens. Les moyens juridiques, avec un « état d’urgence sanitaire » qui justifie tous les abus de pouvoir de l’état d’exception et l’abandon de la légitimité aux experts scientifiques, mais surtout les moyens matériels, concrets, de la puissance : la technologie.

Quand Malaparte publiait en 1931 sa Technique du coup d’Etat, il prenait acte du fait que l’Etat moderne étant devenu un appareil technologique et industriel (radiodiffusion, chemins de fer, télécommunications et industrie), le coup d’Etat lui-même était devenu une affaire technologique. Voir Octobre 1917 ou la marche sur Rome de 1922.

Nous subissons de longue date les effets, non pas d’une « révolution technologique », comme dit la propagande, mais d’un coup d’Etat permanent mené au nom de l’efficacité devenue à elle-même sa propre fin ultime, et justifiant le bouleversement perpétuel de nos conditions d’existence.
Les commentateurs nous diront vite si cette éruption du virus est un événement bascule, ou une accélération de l’emballement techno-totalitaire qui s’engouffre dans toutes les crises (incendies, inondations, terrorisme, etc).

Guerre, catastrophe ou pandémie, la crise ouvre au pouvoir des fenêtres d’opportunité pour fortifier le coup d’Etat technologique permanent. Comment refuser une solution efficace ? Nous voici tous Chinois. Aussi bien les avocats des « bons usages » de la technologie discutent-ils la traque numérique au motif que « ça ne sert à rien si tout le monde n’a pas un téléphone portable (…) si on est dans une zone qui n’est pas couverte » (Mélenchon), et donc « l’efficacité de ce type de procédé n’est pas prouvée » (La Quadrature du Net). Trouvez un dispositif de traque efficace et validé par la CNIL et ils se rendront. La fin justifie les moyens.

 

Le Groupe européen d’éthique auprès de la Commission européenne, certes pas une référence libertaire, écrivait en 2005 :

« (…) après leur mise en observation par vidéosurveillance et biométrie, les individus sont modifiés par divers dispositifs électroniques, comme les puces sous-cutanées et les RFID, qui tendent de plus en plus à leur mise en réseau. À terme, ils pourraient donc se trouver connectés en permanence et reconfigurés, de façon à transmettre ou à recevoir des signaux permettant un traçage et une détermination de leurs mouvements, de leurs habitudes et de leurs contacts. Il est certain qu’une telle évolution modifierait l’autonomie des individus, sur le plan tant théorique que réel, et porterait atteinte à leur dignité. »

L’autonomie et la dignité font défaut à une population dégradée par des décennies d’abandon à la Mère-Machine. Les machins veulent une Machine. L’évolution redoutée par les éthiciens européens a déjà eu lieu. Un détail technologique diffère de leurs prévisions : les smartphones, diffusés après les puces RFID. Pour l’instant, les humains diminués se contentent de la cyber-prothèse greffée à leur main. L’implant corporel, plus coûteux et perfectionné, sera peut-être réservé aux humains supérieurs de la caste transhumaniste. Le bracelet électronique et l’injection sous-cutanée, aux réfractaires.

C’est grâce à l’assistant électronique universel – le smartphone – que les smart moutons sont traqués, tel le steack haché industriel dans son flux logistique. Ce qu’on fait aux animaux, on le fait aux humains.

Soulagée de renoncer à une vie libre et autonome, la masse confie sa capacité de penser et d’agir à l’intelligence ambiante et à l’« intelligence » artificielle. La première – de l’anglais intelligence : renseignement – désigne en novlangue cybernétique la contamination numérique de notre environnement (puces, capteurs, objets connectés, réseaux de communication sans fil), nécessaire au pillage de myriades de données numérisées. La seconde calcule ces données pour en tirer modèles, indicateurs, profils et décisions.

Exemple: cribler les milliards de messages postés sur Facebook et Twitter et demander à l’« intelligence » artificielle de débusquer et « éliminer les messages néfastes [et] gommer toutes les allusions à de faux remèdes contre la maladie ».

Autre exemple : aspirer les données de géolocalisation des smartphones, les combiner aux données de corona-santé de la population et déléguer à l’« intelligence » artificielle la modélisation du déconfinement. C’est l’objet de l’initiative «CovidIA» lancée par des chercheurs français. Orange fournit déjà des modélisations des flux de population à partir de données de géolocalisation anonymes, donc « éthiques ». Quoique « les scientifiques ont largement prouvé que le concept de données anonymes est trompeur ». Si Le Monde le dit.

Il paraît que la condition sine qua non pour que de telles chaînes électroniques soient éthiques est le volontariat des enchaînés. Tout allant pour le mieux dans le meilleur des mondes, un sondage du 31 mars révèle que 80 % des Français sont favorables à l’appli de traçabilité du cheptel humain. Et pourquoi pas, puisqu’ils obéissent déjà, toute la journée, aux injonctions de la machine. Au feu, tournez à droite.Tapez Etoile. Buvez régulièrement. Présentez votre carte devant le lecteur. Recommencez. Attention, vous sortez du périmètre autorisé d’un kilomètre autour de votre domicile.

 

Hannah Arendt : « Les dirigeants totalitaires tablent sur la contrainte que nous pouvons nous imposer à nous-mêmes, pour mobiliser en partie les gens dont ils ont encore besoin ; cette contrainte intérieure est la tyrannie de la logique à laquelle rien ne résiste sinon la grande aptitude de l’homme à commencer quelque chose de nouveau. La tyrannie de la logique commence avec la soumission de l’esprit à la logique comme processus sans fin, sur lequel l’homme compte pour engendrer ses pensées. Par cette soumission, il renonce à sa liberté intérieure de même qu’il renonce à sa liberté de mouvement lorsqu’il s’incline devant une tyrannie extérieure à lui. »

Ceux à qui la liberté pèse trop lourd aspirent sans contrainte aucune au techno-totalitarisme. Pas de liberté, pas de responsabilité. Mère-Machine s’occupe de tout, et tout ce que demandent les machins, c’est leur prise en charge. La sécurité plutôt que la liberté. L’assignation à résidence, cyber-fliqués et réduits au fonctionnement virtuel (mais à haut débit) dans un « état d’urgence » dirigé par les experts, plutôt que les hasards d’une vie libre et humaine.

Une population habituée à cultiver son autonomie et ses liens, bref une population responsable, n’aurait pas besoin d’une telle surorganisation pour combattre la pandémie. Elle le prouve dès que l’Etat défaille.

Gouverner, c’est mentir. Gouverner, c’est contraindre. Ce que nous communiquent les porte-paroles du Virus par la Voix des ondes, ce sont des ordres. Ce qu’avait bien expliqué l’ex-ministre de la Recherche, la VRP sociétale-libérale de la technopole grenobloise, Geneviève Fioraso – par ailleurs marraine politique d’Olivier Véran, son suppléant avant de prendre sa place de député de l’Isère : «La santé, c’est incontestable. Lorsque vous avez des oppositions à certaines technologies et que vous faites témoigner des associations de malades, tout le monde adhère. »

Seuls souffrent de ce techno-totalitarisme – et le dénoncent pour ce qu’il est – ceux qui refusent de devenir des rouages sociaux dépendants de leur connexion au technotope artificiel. Ceux qui se souviennent qu’une vie d’irresponsable est une vie d’esclave.
Nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de notre fonctionnement biologique se paye de la perte de tout ce qui fait le prix de la vie – terre et liberté.

Une société automatisée est une société de contrainte. Si l’arme des humains contre la tyrannie est leur capacité de commencer quelque chose de nouveau, c’est-à-dire de penser et non de déduire, alors les Chimpanzés du futur doivent retrouver et cultiver cette capacité.

Désobéissons aux algorithmes.
Brisons les chaînes numériques (et les smartphones).

Pièces et main d’œuvre

Grenoble, le 11 avril 2020

Décret du 20 février 2020, Fichage d’opinions autorisé !! Notre gouvernement liberticide(qui détruit la liberté) toujours « en marche » !!

LIBERTICIDE/ECOCIDE/PESTICIDE … TOUJOURS LES MEMES : GOUVERNANTS & MULTINATIONALES MAIN DANS LA MAIN !!

Le suffixe -cide est un tueur parce qu’il signifie “qui tue” et il tue le radical qui le précède. Son origine est latine et vient du verbe “caedere” : frapper, abattre, tuer. Ainsi, un homicide c’est le fait de tuer un être humain.

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(Journal Officiel) / JORF n°0045 du 22 février 2020

Texte n°22

Décret n° 2020-151 du 20 février 2020 portant autorisation d’un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé « application mobile de prise de notes »




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Ci-dessous un message de notre avocat Guillaume Tumerelle qui nous alerte sur une grave dérive qui nous concerne directement parmi tant d’autres.

On va devoir faucher du code pénal !!!!!! 





 

Autorisation du fichage d’opinions, d’appartenance syndicale, d’orientation sexuelle, de religion !!

 

Notre cher gouvernement vient de prendre le 20 février un décret autorisant le fichage des données « relatives à la prétendue origine raciale ou ethnique, aux opinions politiques, philosophiques ou religieuses, à l’appartenance syndicale, à la santé ou à la vie sexuelle ou l’orientation sexuelle » de toute personne en cas de « nécessité absolue ». (décret Décret n° 2020-151 du 20 février 2020, article 2 point 2).

Les personnes fichées ne sont pas informées du fait qu’elles sont fichées ni n’ont le droit d’avoir accès aux données fichées. En tant qu’avocats, nous n’avons pas davantage le droit de consulter ces fichages. Dans la mesure où personne n’a accès à ces fichages, et que personne n’est informé du fait qu’il est fiché, qui décide si il y a nécessité absolue ?! Qui peut vérifier la bonne application de la Loi ?

Cela fait plusieurs années que je dénonce ces dérives attentatoires aux libertés publiques, depuis l’intégration de l’état d’urgence dans le régime de droit commun, les interdictions administratives de manifester, l’interdiction des « manifestations non déclarées », la pseudo loi anticasseurs, la création d’une cellule « démeter » pour contrôler un prétendu « agribashing » qui est en fait un délit d’opinion, récemment l’interdiction des manifestations de plus de 5000 personnes, la création du délit de participation à une manifestation non déclarée, les instructions du parquet de paris de laisser les gens en garde à vue le plus longtemps possible même s’ils n’ont rien fait afin qu’ils ne manifestent pas les samedis, plus récemment la réduction du temps de parole de l’opposition par deux à l’assemblée nationale, l’article 49.3 sur une réforme des plus sensibles qui est constitutionnelle mais fort peu démocratique, sans parler du traitement des avocats au quotidien.

Le fichage ADN (FNAEG) des citoyens est déjà généralisé par les parquets en toute illégalité. J’ai plaidé à 7 reprises des dossiers de refus de se laisser ficher par des militants, et les tribunaux ont prononcé 7 relaxe. Malgré cette jurisprudence bien établie qui démontre l’illégalité de ces fichages, les demandes de fichages génétiques illégales par les forces de l’ordre continuent et sont systématiques. Le fichier se remplit illégalement.

Aujourd’hui c’est le fichage d’opinion, d’orientations sexuelles, de religions, d’origine ethnique ou raciale de nous tous qui est permis… Où va notre société démocratique ?
Je me souviens avoir plaidé il y a quelques années à BAR LE DUC devant un procureur qui déclarait dans son réquisitoire mon client coupable de ses « alliances d’opinions » parce qu’il était opposé à une déchetterie nucléaire. Il avait juste participé à une manifestation en prêtant son tracteur et se voyait poursuivi pour une opinion.
Face à tant de dérives il me semble indispensable d’agir en tant qu’avocat. Il est dans notre fonction et de notre devoir de défendre les libertés publiques.
Je propose la création d’un observatoire des libertés publiques, et pour commencer de lancer une contestation devant les juridictions de ce décret liberticide du 20 février 2020 autorisant un fichage d’opinions devant le Conseil d’Etat. Il faudra également que nous obtenions d’un droit d’accès à tous nos fichages pour en demander l’effacement.

Maître Guillaume TUMERELLE 

 

lien Décret/ Journal Officiel-Legifrance

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000041615919&categorieLien=id






JORF n°0045 du 22 février 2020
 
Texte n°22
 
 
Décret n° 2020-151 du 20 février 2020 portant autorisation d’un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé « application mobile de prise de notes » (GendNotes)
 
NOR: INTD1928788D
 
 
ELI:https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2020/2/20/INTD1928788D/jo/texte
Alias: https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2020/2/20/2020-151/jo/texte
 
 
 
 
Publics concernés : militaires de la gendarmerie nationale.
 
Objet : autorisation de la mise en œuvre d’un traitement permettant la dématérialisation de la prise de notes par les militaires de la gendarmerie nationale.
 
Entrée en vigueur : le texte entre en vigueur le lendemain de sa publication.
 
Notice : le décret autorise la création d’un traitement automatisé de données à caractère personnel permettant de faciliter le recueil et la conservation, en vue de leur exploitation dans d’autres traitements de données, notamment par le biais d’un système de pré-renseignement, des informations collectées par les militaires de la gendarmerie nationale à l’occasion d’actions de prévention, d’investigations ou d’interventions nécessaires à l’exercice des missions de polices judiciaire et administrative. Le décret autorise également la transmission de comptes rendus aux autorité judiciaires. Le décret liste les données et informations enregistrées dans le traitement, y compris les données sensibles au sens de la loi du 6 janvier 1978. Il définit la durée de conservation des données, les accédants et les destinataires de ces mêmes données et précise également les modalités d’exercice des droits des personnes concernées.
 
Références : le décret peut être consulté sur le site Légifrance (https://www.legifrance.gouv.fr).  
 
 
Le Premier ministre,
 
Sur le rapport du ministre de l’intérieur,
 
Vu le code de procédure pénale ;
 
Vu la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, notamment le II de son article 31 et son titre III ;
 
Vu l’avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés en date du 3 octobre 2019 ;
 
Le Conseil d’Etat (section de l’intérieur) entendu,
 
Décrète : 
 
 
Article 1
 
 
Le ministre de l’intérieur (direction générale de la gendarmerie nationale) est autorisé à mettre en œuvre un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé « application mobile de prise de notes » (GendNotes), ayant pour finalités de :
 
1° Faciliter le recueil et la conservation, en vue de leur exploitation dans d’autres traitements de données, notamment par le biais d’un système de pré-renseignement, des informations collectées par les militaires de la gendarmerie nationale à l’occasion d’actions de prévention, d’investigations ou d’interventions nécessaires à l’exercice des missions de polices judiciaire et administrative ;
 
2° Faciliter la transmission de comptes rendus aux autorités judiciaires. 
 
Article 2
 
 
Peuvent être enregistrées, dans la stricte mesure où elles sont nécessaires, adéquates et proportionnées aux finalités mentionnées à l’article 1er, les données à caractère personnel et informations définies en annexe du présent décret. Ces données et informations sont relatives :
 
1° A l’ensemble des éléments relatifs aux personnes, aux lieux ou aux objets qui sont recueillis dans le cadre des interventions des militaires de la gendarmerie nationale ou de l’exécution de leur service ;
 
2° A l’ensemble des éléments de procédure qui sont transmis aux magistrats lors de gardes à vue ou lors du traitement de certaines infractions relatives à la police de la route.
 
Ne peuvent être enregistrées dans les zones de commentaires libres que les données à caractère personnel collectées dans les conditions prévues au V de l’annexe au présent décret.
 
La collecte et le traitement des données à caractère personnel de la nature de celles mentionnées au I de l’article 6 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée relatives à la prétendue origine raciale ou ethnique, aux opinions politiques, philosophiques ou religieuses, à l’appartenance syndicale, à la santé ou à la vie sexuelle ou l’orientation sexuelle ne sont possibles qu’en cas de nécessité absolue pour les seules fins et dans le strict respect des conditions définies au présent décret, dans les limites des nécessités de la mission au titre de laquelle elles sont collectées. Elles ne peuvent être saisies que dans la zone mentionnée au V de l’annexe au présent décret. Il est interdit de sélectionner une catégorie particulière de personnes à partir de ces seules informations. 
 
Article 3
 
 
Les données à caractère personnel et informations mentionnées à l’article 2 sont conservées pendant une durée de trois mois à compter de la date de leur enregistrement. En cas de modification dans ce délai, la durée de conservation est prorogée de trois mois à compter de la date de la dernière modification.
 
La durée maximale de conservation ne peut excéder un an. 
 
Article 4
 
 
I. – Ont accès à tout ou partie des données et informations enregistrées dans le traitement mentionné à l’article 1er, à raison de leurs attributions et dans la limite du besoin d’en connaître :
 
1° Le militaire de la gendarmerie nationale, rédacteur de la note, et les autres militaires de la gendarmerie nationale affectés dans son unité, sauf s’il s’y oppose. Dans ce cas, seuls les militaires de la gendarmerie nationale individuellement désignés par le rédacteur de la note affectés dans son unité peuvent y accéder ;
 
2° Les militaires de la gendarmerie nationale individuellement désignés par le rédacteur de la note affectés dans une autre unité.
 
II. – Les autorités judiciaires sont destinataires des données et informations enregistrées dans le traitement mentionné à l’article 1er dans le cadre et dans les limites des besoins de l’exercice de leurs compétences.
 
Peuvent également être destinataires de tout ou partie des données et des informations enregistrées dans le traitement mentionné à l’article 1er, à raison de leurs attributions et dans la stricte limite où l’exercice de leurs compétences le rend nécessaire, sous réserve que le cadre dans lequel ces informations ont été collectées rende possible cette communication, et dans la stricte limite du besoin d’en connaître :
 
1° Le préfet et le sous-préfet territorialement compétents ;
 
2° Le Haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française ;
 
3° Le maire de la commune concernée. 
 
Article 5
 
 
I. – Le droit d’opposition prévu à l’article 110 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée ne s’applique pas au présent traitement.
 
II. – Conformément aux articles 104 à 106 de la même loi, les droits d’information d’accès, de rectification, d’effacement et à la limitation des données s’exercent directement auprès de la direction générale de la gendarmerie nationale.
 
Afin d’éviter de gêner des enquêtes, des recherches ou des procédures administratives ou judiciaires ou d’éviter de nuire à la prévention ou à la détection d’infractions pénales, aux enquêtes ou aux poursuites en la matière ou à l’exécution de sanctions pénales, de porter atteinte à la sécurité publique ou la sécurité nationale, les droits d’accès, de rectification, d’effacement et à la limitation peuvent faire l’objet de restrictions en application des 2° et 3° du II et du III de l’article 107 de la même loi.
 
La personne concernée par ces restrictions exerce ses droits auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés dans les conditions prévues à l’article 108 de la même loi. 
 
Article 6
 
 
Les opérations de collecte, de modification, de consultation, de communication et d’effacement des données à caractère personnel et informations font l’objet d’un enregistrement. Les opérations de consultation et de communication enregistrées établissent l’identifiant de l’auteur, la date, l’heure, le motif de l’opération et, le cas échéant, les destinataires des données. Ces informations sont conservées pendant un délai de six ans. 
 
Article 7
 
 
Le présent décret est applicable sur l’ensemble du territoire de la République. 
 
Article 8
 
 
Le ministre de l’intérieur est chargé de l’exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française. 
 
Annexe
 
 
ANNEXE
 
DONNÉES À CARACTÈRE PERSONNEL ET INFORMATIONS ENREGISTRÉES DANS LE TRAITEMENT 
 
I. – Données et informations relatives aux personnes physiques :
 
1° Le sexe ;
 
2° Le nom de naissance et/ou d’usage ;
 
3° Le prénom ;
 
4° La date et le lieu de naissance ;
 
5° Le pays de naissance ;
 
6° La nationalité ;
 
7° La profession ;
 
8° La filiation : noms et prénoms du père et de la mère ;
 
9° L’adresse et commune de résidence ;
 
10° Les numéros de téléphone (fixe et portable) ;
 
11° L’adresse électronique ;
 
12° La photographie de la personne (le traitement ne comporte pas de dispositif de reconnaissance faciale à partir de l’image numérisée de la photographie) ;
 
13° La géolocalisation de l’auteur de la note dans l’hypothèse où les paramètres de géolocalisation sont activés par ce dernier.
 
II. – Données et informations générales relatives aux objets :
 
1° La nature, la catégorie, le type, la marque ;
 
2° Le numéro de série, l’immatriculation ou un autre numéro d’identification ;
 
3° La nationalité ou le pays d’immatriculation ;
 
4° La ou les photographies ;
 
5° L’état civil du propriétaire ou du titulaire ;
 
6° Les descriptifs et caractéristiques complémentaires, notamment la devise, la valeur faciale et l’organisme de délivrance.
 
III. – Données complémentaires relatives au message de placement en garde à vue à destination d’un magistrat :
 
1° L’unité d’enquête ;
 
2° L’identité de l’officier de police judiciaire responsable de la garde à vue ;
 
3° La date et le lieu du placement en garde à vue ;
 
4° Le cadre d’enquête (préliminaire, flagrance, commission rogatoire) ;
 
5° Le numéro de procédure ;
 
6° L’identité du magistrat informé ;
 
7° La liste des infractions ayant motivé la garde à vue ;
 
8° Les motifs du placement en garde à vue ;
 
9° La notification du droit relatif à la demande d’un avocat ;
 
10° Le barreau, l’identité, le numéro de téléphone et la date d’appel de l’avocat ;
 
11° La notification du droit relatif à la demande de médecin ;
 
12° La notification du droit relatif à l’information à la famille ainsi que l’identité, le lien de filiation, le numéro de téléphone et la date d’appel de la personne informée ;
 
13° La notification du droit relatif à l’information de l’employeur.
 
IV. – Données complémentaires relatives aux infractions de police de la route à destination des magistrats du parquet :
 
1° La date de convocation ;
 
2° Les revenus de la personne mise en cause ;
 
3° Pour les infractions relatives :
 
a) Au permis de conduire : informations concernant le permis de conduire et informations concernant les éventuels arrêtés de suspension et/ou annulation du permis ;
 
b) A la conduite sans assurance : identité du propriétaire du véhicule si ce dernier n’est pas la personne concernée ;
 
c) A la conduite sous l’emprise d’un état alcoolique : taux d’alcoolémie et date de vérification de l’éthylomètre.
 
V. – Données et informations enregistrées dans les zones de commentaires libres :
 
Ne peuvent être enregistrées dans les zones de commentaires libres que les données et informations strictement nécessaires, adéquates et non excessives au regard des finalités poursuivies. Les données autres que celles mentionnées aux paragraphes I à IV de la présente annexe ne peuvent faire l’objet d’un pré-renseignement dans d’autres traitements. 
 
 
Fait le 20 février 2020. 
 
Edouard Philippe 
Par le Premier ministre : 
 
Le ministre de l’intérieur, 
Christophe Castaner