VRTH & IMAZAMOX : Lettre de l’association « Alerte des médecins sur les pesticides « 

Lettre de position à propos des cultures de tournesol modifiées pour être tolérantes aux herbicides à base d’imazamox.

Alerte des médecins sur les pesticides est une association de médecins créée en 2013 qui regroupe 130 membres, généralistes, pédiatres, médecins du travail, médecins libéraux et hospitaliers, toutes spécialités confondues. Nous avons lancé en mars 2013 un appel dit « appel des médecins limousins pour une réduction de l’usage des pesticides », qui réunit 1813 médecins signataires.

L’association « Alerte des médecins sur les pesticides » a été reconnue d’utilité publique en 2018.

Nous considérons donc qu’il est de notre devoir de médecin de mettre en garde les agriculteurs, les plus exposés, d’alerter les pouvoirs publics, et d’informer plus largement toute la population sur les effets sanitaires des pesticides. L’association a notamment pour objet de contribuer à ce qu’une diminution effective de l’usage des pesticides soit entreprise.

Nous avons été sollicité pour témoigner à propos des cultures VRTH, c’est à dire aux cultures de Variétés Tolérantes aux Herbicides, et notamment concernant les tournesols VRTH Clearfield développés par BASF.

1) Généralités à propos des cultures VRTH de tournesol

La tolérance à l’herbicide permet l’utilisation couplée de la variété et de l’herbicide (ou de la famille d’herbicides) associé, qui est alors appliqué en « post-levée », c’est-à- dire sur une culture et des adventices déjà développées. Les herbicides à base d’imazamox sont des herbicides sélectifs, à spectre large, et non pas un herbicide total. L‘imazamox est un herbicide correspondant à la catégorie HRAC* B, c’est à dire la classe des inhibiteurs de l’acétolacte synthase. Le risque pour la plante de développer une résistance à l’herbicide est considéré comme élevé pour ce mode d’action. Cet herbicide peut être utilisé uniquement sur de variétés de tournesol modifiées, le tournesol n’y étant pas tolérant naturellement.

Les résistances exploitées commercialement sur les variétés VRTH de tournesol correspondent à des mutations dans l’enzyme acétolactate synthase (ALS). La variété Clearfield correspond à une mutation d’un l’une des copies du gène de l’ALS, alors que la variété Clearfield Plus correspond à une mutation dans deux copies du gène de l’ALS. Le tournesol Clearfield tolère 40g/ha d’imazamox, alors que le Clearfield Plus 50g/ha d’imazamox.

Les herbicides correspondants, inhibiteurs de l’ALS, et notamment les herbicides à base d’imazamox, sont très utilisés sur les céréales à paille, le maïs et de nombreuses autres cultures. En 2014, environ 18 % des surfaces de tournesol étaient cultivées en VRTH. En 2017, 27 % des surfaces de tournesol étaient cultivées en VRTH (soit environ 160 000 hectares).

Des VRTH de colza ont été développées, elles aussi tolérantes à l’imazamox, dont la culture représente 2 % des parcelles en 2017 soit environ 30 000 hectares.

  1. Impact prévisible sur les quantités d’herbicides employées et risque de dissémination du gène de la tolérance à l’herbicide imazamox

2.1 Impact prévisible sur les quantités d’herbicides employées

Initialement développées notamment dans le but de diminuer les quantités d’herbicides utilisées, il apparaît que l’usage de ce type de variétés tendrait plutôt à augmenter les quantités d’herbicides utilisés, ainsi que le cumul de différents herbicides, ce qui majore la toxicité du fait de l’effet cocktail.

Ce risque était déjà évoqué dans l’expertise collective INRA CNRS de 2011, ainsi que dans d’autres publications. En effet, dans le cas des variétés modifiées pour tolérer les herbicides totaux comme le glyphosate, s’il semblait y avoir à court terme une réduction de la quantité d’herbicides utilisée, les études réalisées aux États-Unis montraient que le différentiel de consommation d’herbicides initialement en faveur des VRTH, régressait en quelques années et devenait défavorable pour le soja et le coton.

Dans le cas des variétés modifiées pour tolérer des herbicides sélectifs, comme c’est le cas pour le tournesol Clearfield avec l‘imazamox, il semblait aussi qu’à moyen terme ces pratiques aboutissent à une augmentation de l’Indice de Fréquence de Traitement (IFT). Telles qu’elles ont été mises en œuvre jusqu’à présent aux États-Unis notamment, les VRTH s’inscrivent dans une logique de gestion du désherbage fondée sur l’emploi d’herbicide associé à une réduction de la lutte mécanique, et peuvent en outre renforcer la tendance au recours, préventif et curatif, au cumul d’herbicides de mode d’action différents. La culture des variétés tolérantes aux herbicides semblait entraîner une majoration du nombre de traitements, et notamment du nombre de traitements après la levée.

De même, le 28 novembre 2019, l’ANSES publie son expertise à propos VRTH et conclut que les « conditions d’utilisation* peuvent conduire à l’augmentation de la quantité et de la fréquence d’utilisation d’herbicides au même mode d’action dans les successions incluant des cultures VRTH », bien que cela n’ait pas été identifié à partir des données étudiées. L’ANSES souligne que « les limites relatives à la quantité et à la qualité des données collectées ne permettent pas de statuer sur les effets indésirables potentiels et de conduire une évaluation a posteriori des risques sanitaires, environnementaux et agronomiques. Néanmoins, l’analyse des données relatives aux pratiques culturales confirme l’existence de facteurs de risque, déjà pointés par l’INRA et le CNRS dans leur expertise collective, quant au développement potentiel de résistance des adventices et/ou à l’augmentation des usages d’herbicides ».

2.2 Risque de dissémination de la tolérance aux herbicides à d’autres plantes et maîtrise de repousses

Le tournesol sauvage, le topinambour ainsi que les variétés de tournesol non VRTH cultivées pourraient s’hybrider avec le tournesol VRTH, acquérant la tolérance à l’herbicide, ce qui pourrait entraîner une intensification des épandages d’herbicides pour des désherbages ultérieurs. Les herbicides à base d’imazamox étant déjà largement utilisés sur les céréales, la généralisation de l’usage de ce type d’herbicide favorise le développement des résistances, et par là le recours aux épandages d’autres herbicides, réalisant une fuite en avant. De telles résistances ont déjà été observées dans 5 départements français (Poitou et Haute Garonne), ces résistances sont liées à la cible (très probablement par flux de gène depuis les variétés de tournesol cultivées tolérantes à des herbicides inhibiteurs de l’ALS).

De même, dans les cultures suivant celles du tournesol VRTH sur la même parcelle, la maîtrise des repousses de tournesol VRTH (dans la culture qui succède, sur la même parcelle) entraîne un nouvel épandage précoce d’herbicides utilisant un autre mode d’action. La gestion des repousses de tournesol VRTH dans la succession culturale nécessite pour sa part l’utilisation d’autres herbicides, à base d’ioxynil, de bromonyl, de 2-4 MCPA, de sulcotrione, de tembotrione, de fluroxypyr, de mésotrione, de dicamba ou de clopyralid(1). Tous ces herbicides sont donc susceptibles d’être utilisés plus fréquemment, en plus grande quantité ou en cumul plus important que sur des cultures de tournesol non VRTH.

Au delà de la question de l’intensification de l’usage des herbicides liée à la dissémination de la tolérance aux herbicides, une telle dissémination peut produire des effets irréversibles sur l’environnement.

  1. Caractéristiques toxicologiques des herbicides employés sur les cultures de tournesol VRTH

3.1 Herbicides à base d’imazamox employés sur les cultures de tournesol VRTH

Les noms commerciaux de ces herbicides à base d’imazamox associés aux cultures VRTH de tournesol sont PULSAR 40 pour la variété Clearfield et PASSAT PLUS pour la variété Clearfield Plus.

L’imazamox appartient à la classe des imidazolinones, et son activité herbicide repose sur l’inhibition de l’acétolactate synthase (ALS). Cette enzyme est impliquée dans la synthèse des acides aminés valine, leucine et isoleucine, et son inhibition provoque un déficit de synthèse protéique pour les plantes exposées. Cette enzyme est présente chez les plantes, les bactéries, champignons et levures. La toxicité de cet herbicide ne se limite pas à la cible moléculaire ALS, et l’exposition à l’imazamox peut affecter d’autres cibles intracellulaires même dans des espèce ne possédant pas l’enzyme ALS.

Chez l’homme, l’imazamox n’est pas classé à ce jour comme cancérigène, mutagène, reprotoxique ni comme perturbateur endocrinien.

Une étude brésilienne réalisée en 2007 conclut néanmoins à l’existence d’un risque de génotoxicité à haute dose pour l’imazamox, chez la drosophile, et estime que des investigations supplémentaires sont nécessaires pour cette substance.

Chez l’animal, dans les études de reproduction conduites par l’agence d’homologation californienne, une toxicité maternelle (perte de poids, manifestations cutanées) a été observée chez le rat et le lapin, ainsi que certaines malformations fœtales chez le lapin (agénésie d’un lobe intermédiaire du poumon et malformations de vertèbres cervicales), sans qu’il ait été possible de conclure sur la causalité de l’imazamox quant à leur survenue.

3.2 Co-formulants des herbicides à base d’imazamox employés sur les cultures de tournesol VRTH

PULSAR-40-5LLe PULSAR 40 a un co-formulant, le 1,2-Benzisothiazol-3(2H)-one qui provoque des dermatites de contact sévères ainsi que des sensibilisations allergiques. Ce composé a des effets tératogènes à forte dose chez l’animal, provoquant des malformations squelettiques.

bidon_passat_plus_1540x866Le PASSAT PLUS a un co-formulant, le Bis(2-ethylhexyl) maleate, qui présente une néphrotoxicité aiguë et chronique : en cas d’administration orale répétée de quantités faibles, la substance peut causer des lésions rénales (résultats d’essais sur l’animal).

Un autre co-formulant du PASSAT PLUS, le 2,2′,2 »-nitrilotriéthanol pourrait être cancérigène à hautes doses par voie cutanée chez la souris, causant des hémangiosarcomes hépatiques chez la souris mâle et des adénomes hépatiques chez la souris femelle, sans qu’il n’y ait de preuve qu’il ait un effet similaire dans l’espèce humaine. Le 2,2′,2 »-nitrilotriéthanol est classé groupe 3 dans la classification du CIRC* : produit inclassable quant à sa cancérogénicité pour l’homme. Il provoque également des malformations dentaires chez la souris. Selon BASF, « ce produit n’a pas été testé intégralement. Les données ont été déduites en partie d’autres produits de structure ou composition similaire. Le potentiel d’altérer la fertilité ne peut être exclu lors d’administrations à hautes doses, pour lesquelles d’autres effets sur la santé ont été observés. La pertinence des résultats sur la santé des personnes n’étant pas avérée, d’autres tests vont être initiés ». Dans certaines conditions spéciales, le 2,2′,2 »-nitrilotriéthanol peut former une nitrosamine. Les nitrosamines se sont révélées être cancérigènes en expérimentation animale. Le CIRC classe une des nitrosamines dans la catégorie 2A, c’est à dire “probablement cancérogène pour l’Homme » et six dans la catégorie 2B, soit « peut-être cancérogène pour l’Homme », enfin, une nitrosamine est classée dans la catégorie 3 ce qui signifie que la substance est «inclassable quant à sa cancérogénicité pour l’Homme ».

Un autre co-formulant du PASSAT PLUS, le docusate sodique présente également une toxicité développementale : selon BASF, en expérimentation animale, la substance n’a pas causé de malformations mais aux doses les plus importantes un effet néfaste sur le développement a été observé, sans que plus de précisions concernant ce composant puissent être retrouvées dans la littérature

3.3 Adjuvants des herbicides à base d’imazamox employés sur les cultures de tournesol VRTH

Le PULSAR 40 est souvent utilisé avec un adjuvant : ACTIROB B, MIX-IN, RADIAMIX, VEGESTAR, COLSURF, DISPOS ou FLUX-IN selon BASF, ou DASH HC selon le guide du Tournesol 2019, notamment en cas d’ambroisie. Le PASSAT PLUS contient déjà un adjuvant. Ces adjuvants sont des agents qui favorisent la pénétration de l’herbicide, qui permettent l’adhésion de la formulation base d’imazamox et la couverture de toute la feuille de la plante.

ACTIROB B, MIX-IN, RADIAMIX, VEGESTAR, et COLSURF correspondent à de l’huile de colza esterifiée à 842 g/L, à plus de 90%. Il n’est pas possible de savoir quels additifs ou conservateurs sont ajoutés à la formule de ces adjuvants, car les industriels ne sont pas tenus de déclarer les composants en dehors des substances actives, qui relèvent du secret industriel. De même, enfin, les fiches de sécurité précisent pour le PULSAR 40 et le PASSAT PLUS que les caractéristiques sont déduites des propriétés des différents constituants de la formulation, mais que la formulation n’est pas testée en elle-même : il n’y a pas de prise en compte de l’effet cocktail. Il n’y a pas de données non plus concernant la pureté des composants. Le processus de fabrication peut induire la présence significative d’impuretés, pouvant avoir des effets sanitaires, sans que celles-ci soient mentionnées.

Il n’y a pas d’information disponible quant à DISPOS et FLUX IN.
DASH SC est un adjuvant contenant du solvant naphta aromatique lourd, dérivé du kérosène et du naphtalène.

Le solvant naphta aromatique lourd est bio-accumulable. Les intoxications aiguës avec des solvants aromatiques peuvent provoquer des troubles digestifs, neurologiques ou irritatifs non spécifiques. L’exposition répétée à ces solvants peut entraîner des atteintes neurologiques. L’exposition prolongée à ces solvants aromatiques peut également être responsable de troubles mentaux organiques pouvant associer irritabilité, troubles de la concentration, du sommeil, de la mémoire et baisse de l’efficience intellectuelle. Les données ne permettent pas de conclure quant au risque cancérogène chez l’homme. Une étude cas-témoins a signalé une augmentation significative de la fréquence des cancers du poumon ou de la prostate après des expositions importantes supérieures à 20 ans à de nombreux solvants (incluant le white-spirit, le solvant stoddard ou encore le benzène). La responsabilité des différents solvants ne peut être déterminée à partir de cette seule étude. Plusieurs études rapportent un excès de risque statistiquement significatif d’avortements, d’accouchements prématurés ou petits poids de naissance en cas d’exposition à des solvants (sans précision) pendant la grossesse.

Le CIRC considère que les preuves de la cancérogénicité des solvants pétroliers (comprenant les solvants aromatiques) chez l’Homme sont insuffisantes. Les données disponibles font état d’un signal d’alerte pour les risques sur la reproduction.

Le naphtalène est classé en 2002 comme cancérogène possible pour l’homme (groupe 2B) par le Centre International de Recherche sur le Cancer ou CIRC ce qui correspond à des données jugées insuffisantes chez l’homme mais suffisantes chez l’animal. Plus récemment, en 2014, le naphtalène a été classé comme devant « raisonnablement être cancérogène » pour l’homme, d’après des preuves suffisantes provenant d’études sur l’animal, d’après le Programme Toxicologique National du ministère de la Santé des États Unis.

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  1. Caractéristiques toxicologiques des herbicides utilisés dans la succession culturale du tournesol VRTH, en dehors de l’imazamox

Les herbicides susceptibles d’être employés en pré-levée sont le PROWL 400, le ATIC AQUA, le DAKOTAP, le BELOGAP, le WINGP ou la flurtamone. La gestion des repousses de tournesol VRTH dans la succession culturale nécessite pour sa part l’utilisation d’autres herbicides, à base d’ioxynil, de bromoxynil, de 2-4 MCPA, de sulcotrione, de tembotrione, de fluroxypyr, de mésotrione, de dicamba ou de clopyralid.

Tous ces herbicides sont donc susceptibles d’être utilisés plus fréquemment, en plus grande quantité ou en cumul plus important que sur des cultures de tournesol non VRTH.

Le PROWL 400 est un herbicide à base de pendiméthaline. L’US-EPA classe la pendiméthaline dans la catégorie C2, possiblement cancérogène pour l’homme. Ce composé est aussi hépatotoxique et toxique pour la thyroïde lors d’une exposition chronique.PROWL-400-5L.jpg

 

Le ATIC AQUA est un herbicide à base de pendiméthaline, dont l’un des co-formulant est le 4,4′-diisocyanate de diphénylméthane.

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Le 4,4′-diisocyanate de diphénylméthane est considéré comme « faiblement » mutagène, et est un cancérogène pulmonaire par inhalation pour le rat. Il est classé cancérigène 2 dans la classification CLP européenne, c’est à dire « produit chimique cancérogène suspecté ». Chez l’homme, certaines études mettent en évidence des effets cytogénétiques sur les cellules de sujets exposés. Les rates gestantes exposées au diisocyanate de diphénylméthane présentent à forte concentration, une toxicité maternelle importante (létalité, lésion du tractus respiratoire, baisse de la prise de poids) ; à cette concentration, il y a une fœto/embryotoxicité (réduction de poids du placenta et du fœtus, augmentation des variations squelettiques et retards de croissance) mais pas d’effet tératogène.

Le DAKOTA-P, le BELOGA-P et le WING-P ont des compositions très similaires. Ce sont des herbicides à base de pendiméthaline avec entre autre comme co-formulant le naphtalène, classé en 2002 comme cancérogène possible pour l’homme (groupe 2B) par le CIRC et comme composé devant « raisonnablement être cancérogène » pour l’homme, d’après le Programme Toxicologique National du ministère de la Santé des États Unis. A noter que le DAKOTA-P contient un isomère de la pendiméthaline, la pendiméthaline (ISO); N-(1-éthylpropyl)-2,6- dinitro-3,4-xylidine qui « a provoqué des tumeurs de la tyroïde lors d’études à long terme sur les rats. L’effet est causé par un mécanisme spécifique chez l’animal qui n’a pas d’équivalent chez l’homme. Dans les études à long terme réalisées avec des souris par administration avec les aliments, la substance n’a pas eu d’effet cancérigène. »751435961eb0520829f6b62f7ce9.jpegbidon_wing_p_1540x866.jpgbidon_beloga_p_1540x866.jpg

L’usage de la flurtamone vient d’être interdit en France en juin 2019. Cette substance était classée cancérigène 2 cancérigène 2 dans la classification CLP européenne soit « produit chimique cancérogène suspecté »

L’ioxynil et le bromoxynil sont classés comme reprotoxique 2 dans la classification CLP européenne, c’est à dire « substance suspectée d’être toxiques pour la reproduction humaine ». Ils sont tous deux cytotoxiques.

Le 2-4 MCPA n’est pas classé à ce jour comme cancérigène, mutagène, reprotoxique ni comme perturbateur endocrinien chez l’homme.

Le sulcotrione est néphrotoxique en usage chronique et classé comme reprotoxique 2 dans la classification CLP européenne, c’est à dire « substance suspectée d’être toxiques pour la reproduction humaine » Le tembotrione est classé comme reprotoxique 2 dans la classification CLP européenne, c’est à dire « substance suspectée d’être toxiques pour la reproduction humaine ». Le mésotrione n’est pas classé à ce jour comme cancérigène, mutagène, reprotoxique ni comme perturbateur endocrinien chez l’homme.

Le fluroxypyr n’est pas classé à ce jour comme cancérigène, mutagène, reprotoxique ni comme perturbateur endocrinien chez l’homme. Le fluoxypur est néphrotoxique chez l’animal.

Le dicamba n’est pas classé à ce jour comme cancérigène, mutagène, reprotoxique ni comme perturbateur endocrinien chez l’homme. Il y a néanmoins des éléments en faveur d’une toxicité pour l’ADN, in vitro pour les lymphocytes humains et in vivo chez l’amphibien, ainsi que chez le hamster.

Le clopyralid n’est pas classé à ce jour comme cancérigène, mutagène, reprotoxique ni comme perturbateur endocrinien chez l’homme.

  1. Risques environnementaux liés aux herbicides à base d’imazamox employés sur les cultures de tournesol TH

Un des risques liés à la culture de tournesol VRTH est à moyen terme une augmentation de la fréquence des traitements phytosanitaires, une augmentation des quantités d’herbicides employés et un cumul d’herbicides aux modes d’action différents, dont certains sont cancérigènes ou reprotoxiques. Cette augmentation de la fréquence de traitement et ce cumul d’herbicide conduit à une pression encore plus grande sur la biodiversité.

De surcroît, les produits employés sont difficilement biodégradables, et      « en cas de rejet dans le sol, le produit s’infiltre et peut -en fonction de la biodégradation -être transporté dans les zones plus profondes du sol avec de grands volumes d’eau ». Il y a donc un risque de contaminer les eaux de surfaces et les eaux souterraines, impactant la qualité de l’eau potable. Les cultures de tournesol VRTH représentent 160 000 hectares en France chaque année, la contamination des eaux de surfaces et des eaux souterraines est à craindre.

L’ANSES pointe justement ce risque dans son rapport de novembre 2019, et demande un renforcement de la surveillance. «Toutefois, les substances actives herbicides associées à l’utilisation des VRTH n’ont pas été recherchées dans les eaux environnementales dans les principales zones de culture du colza et du tournesol VRTH. Les métabolites ne sont pas surveillés. ». L’ANSES recommande donc de renforcer la surveillance des résidus des substances herbicides associées aux VRTH dans les régions concernées, notamment dans l’eau. L’ANSES recommande également « en premier lieu d’étudier le métabolisme de dégradation des herbicides par les plantes VRTH afin de vérifier qu’il n’entraîne pas la formation de métabolites spécifiques non pris en compte lors de l’évaluation européenne des substances actives phytopharmaceutiques ».

Les herbicides à base d’imazamox utilisés dans la culture du tournesol VRTH sont tous deux toxiques, voir très toxique pour le PULSAR 40 à long terme pour les organismes aquatiques et « polluant marin », et les utiliser de façon associée, dans un type de culture entraînant à moyen terme à une augmentation de la fréquence de traitement phytosanitaire risque de mettre en péril certains écosystèmes aquatiques, aggravant la crise de la biodiversité. L’imazamox est classé « dangereux pour l’environnement ».

Concernant les différents herbicides utilisés dans la succession culturale :

Le PROWL 400, le ATIC AQUA, le DAKOTA-P, le BELOGA-P, le WING-P, l’ioxynil, le bromoxynil, le 2-4 MCPA, le sulcotrione, le tembotrione, le mesotrione, le dicamba et le clopyralid sont classé très toxiques pour les organismes aquatiques, entraînant des effets néfastes à long terme. Le fluoxypyr est classé toxique pour les organismes aquatiques, entraînant des effets néfastes à long terme.

Le PROWL 400, le ATIC AQUA, le DAKOTA-P, le BELOGA-P, le WING-P, l’ioxynil, le bromoxynil, le fluoxypyr le 2-4 MCPA, le dicamba et le clopyralid sont classés difficilement biodégradables. Le sulcotrione, le tembotrione et le mesotrione se dégradent lentement dans le sol.

  1. Dissémination dans la chaîne alimentaire

La dose journalière admissible de l’imazamox est fixée à 3mg/kg/jour selon l’INERIS.

Le tournesol VRTH permet d’épandre les herbicides à bases d’imazamox après la levée des semis, jusqu’au stade 4 feuilles, parfois 8-10 feuilles pour les adventices à type d’orobranche, soit plus tardivement qu’avec du tournesol classique.

La contamination des eaux de surfaces par les herbicides à base d‘imazamox peut entraîner une contamination des poissons élevés dans ces eaux, formant une autre voie de contamination humaine par le biais de l’alimentation.

Selon le rapport de l’ANSES à propos de VRTH publié en novembre 2019, « des risques potentiels spécifiques des VRTH ont été identifiés. En effet, du fait de la génétique des VRTH, les plantes cultivées peuvent soit bio-accumuler les herbicides associés, soit au contraire les métaboliser. Dans le premier cas, cela est susceptible d’augmenter les niveaux de résidus de pesticides dans les denrées alimentaires. Cela n’a pas été mesuré à travers les données disponibles. Dans le second cas, des métabolites spécifiques des VRTH pourraient être produits. La prise en compte, dans le cadre de l’évaluation a priori des risques sanitaires au titre du règlement n°1107/2009, du métabolisme spécifique des plantes VRTH, a été jugée partielle par les experts ».

L’ANSES alerte aussi sur le nécessité d’augmenter la surveillance des résidus des substances herbicides associées aux VRTH et dans les matrices de colza et de tournesol et recommande « en premier lieu d’étudier le métabolisme de dégradation des herbicides par les plantes VRTH afin de vérifier qu’il n’entraîne pas la formation de métabolites spécifiques non pris en compte lors de l’évaluation européenne des substances actives phytopharmaceutiques». En effet, des métabolites toxiques de l’imazamox pourrait être synthétisés lors de la dégradation de l’imazamox par le plant de tournesol. La détermination de ces métabolites et l’étude de leur éventuelle toxicité doit être prioritaire.

Conclusions

L’emploi de tournesol VRTH risque d’avoir un impact négatif en terme de quantité d’herbicides utilisés, que ce soit à moyen terme sur les parcelles de tournesol VRTH ou à long terme sur les autres cultures qui auraient subi une dissémination de la tolérance à l’herbicide. Le risque d’augmentation des quantités d’herbicides utilisées, ainsi que que le risque de cumul de différents herbicides a été à nouveau souligné récemment par l’ANSES dans sa publication de novembre 2019. L’ANSES recommande également une meilleure surveillance des résidus d’herbicides dans les nappes phréatiques et cours d’eau à proximité des cultures VRTH, ainsi que la recherche de métabolites spécifiques aux VRTH, dans les cours d’eau à proximité et le tournesol produit. Ces herbicides peuvent être, du fait du caractère modifié du tournesol pour acquérir la tolérance aux herbicides, utilisés plus tardivement dans la culture, en pleine pousse, entraînant un plus fort risque de contamination du tournesol.

Chez l’homme, l’imazamox n’est pas classé à ce jour comme cancérigène, mutagène, reprotoxique ni comme perturbateur endocrinien mais une étude conclue néanmoins à l’existence d’un risque de génotoxicité à haute dose pour l’imazamox, chez la drosophile, et estime que des investigations supplémentaires sont nécessaires pour cette substance. Chez l’animal, lors des études de reproduction, des malformations ont été décrites sans que la causalité de l’imazamox ait pu être établie. L’imazamox est difficilement biodégradable.

Concernant les coformulants des herbicides à base d’imazamox : 1,2-Benzisothiazol-3(2H)-one est tératogène à forte dose.

2,2′,2 »-nitrilotriéthanol est lié à la survenue d’hémangioblastomes hépatiques chez la souris, et peut entraîner la formation de nitrosamines classées cancérigènes 2A, 2B ou 3 par le CIRC. Selon BASF, « ce produit n’a pas été testé intégralement. Les données ont été déduites en partie d’autres produits de structure ou composition similaire. Le potentiel d’altérer la fertilité ne peut être exclu lors d’administrations à hautes doses, pour lesquelles d’autres effets sur la santé ont été observés. La pertinence des résultats sur la santé des personnes n’étant pas avérée, d’autres tests vont être initiés ».

Concernant les adjuvants des herbicides à base d’imazamox : le DASH SC contient du naphta lourd, bioaccumulable, et de la naphtalene, classée cancérogène 2B par le CIRC.

Concernant les autres herbicides utilisés dans la série culturale, dont l’usage et le cumul risque d’être majoré par l’emploi des variétés VRTH :

  • –  la pendiméthaline est classée cancérigène C2 par l’EPA

  • –  le 4,4′-diisocyanate de diphénylméthane, co-formulant du ATIC AQUA est faiblement 
mutagène est classé cancérigène 2 dans la classification CLP européenne

  • –  les DAKOTA-P, BELOGA-P et WING-P contiennent eux aussi de la naphtalene classés cancérigène 2B par le CIRC

  • –  l’ioxynil, le bromonyl, le tembotrione et le sulcotrione sont tous classés reprotoxiques 2 dans la classification CLP européenne

  • –  le dicamba n’est pas à ce jour classé cancérigène, mutagène ou reprotoxique, mais différentes publications documentent une génotoxicité in vitro.

  • –  plusieurs produits ont des toxicités spécifiques d’organe : thyrotoxicité, nephrotoxicité, hépatotoxicité

  • –  Tous les herbicides de la série culturale sont difficilement biodégradables et toxiques, y compris à long terme, pour les animaux aquatiques. 
Les herbicides utilisés en pré-levée sur les cultures de tournesol VRTH sont eux aussi susceptibles d’être utilisés en plus grande quantité, tout comme les herbicides destinés à contrôler les repousses de tournesol VRTH. 
La série culturale peut donc amener à exposer les agriculteurs et les populations riveraines, ainsi que les consommateurs des plantes à plusieurs substances cancérigènes, reprotoxiques, tératogènes, ou à toxicité spécifique à un organe. Ce cumul d’exposition a des substances toxiques peut générer un effet cocktail aggravant encore leur toxixité. A noter, que la zone de non traitement définie par BASF est de 5 m, ce qui est insuffisant pour garantir la protection quant à la dérive des produits épandus. Pour rappel, près d’un tiers du tournesol cultivé en France est VRTH, soit 160 000 hectares. Les données de littérature concernant la toxicité des herbicides, co- formulants et adjuvants utilisés dans la série culturale sont résumés dans le tableau en annexe. 
Le développement des cultures tolérantes aux herbicides ne tiennent par leurs promesses en terme de réduction de l’usage des herbicides, et pourraient même au contraire conduire à une 
augmentation de leur usage, qui serait totalement contradictoire aux orientations dessinées par le plan Ecophyto.

L’association Alerte des Médecins sur les Pesticides a notamment pour objet de contribuer à ce qu’une diminution effective de l’usage des pesticides soit entreprise, afin de protéger la santé humaine et l’écosystème. De ce fait, l’association Alerte des médecins sur les pesticides tient à exprimer son opposition totale quant à l’autorisation des cultures de tournesol tolérantes aux herbicides, du fait de la très probable majoration d’exposition des agriculteurs et riverains à des substances dont plusieurs sont cancérigènes, et reprotoxiques.

Dr Cécile Stratonovitch pour Alerte des médecins sur les pesticides                                      Le 07/12/2019 à Toulouse

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