Un rapport parlementaire décrit le casse-tête de la suppression progressive du glyphosate

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Le Monde Par Laurence Girard

Publié le 10 novembre 2019 à 17h10, mis à jour à 10h13

Lecture 3 min.

Le gouvernement d’Edouard Philippe a fixé pour objectif l’abandon des principaux usages de l’herbicide controversé au 1er janvier 2021, et de tous ses usages au 1er janvier 2023.

La France veut interdire totalement le glyphosate d’ici au 1er janvier 2023.

L’agriculture française est-elle prête à s’affranchir du glyphosate ? Toutes les conditions ne sont pas encore réunies, répond en substance la mission parlementaire qui s’est penchée sur cette question, dans un rapport devant être publié mercredi 13 novembre. Des députés rappellent en préambule le cap fixé par le gouvernement, à savoir l’interdiction des principaux usages du glyphosate dès le 1er janvier 2021 et de l’ensemble de ses usages au 1er janvier 2023. Sachant que l’Allemagne a, de son côté, annoncé en septembre sa décision de bannir cet herbicide controversé fin 2023.

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Dans leur mission de suivi de cette stratégie volontariste, les membres du Parlement se sont heurtés à un premier mur. Alors qu’ils souhaitaient estimer la consommation de l’herbicide par les agriculteurs en général, mais aussi ses volumes d’utilisation par grandes filières agricoles et par département, ils n’ont pu obtenir que « des données éparses et partielles » de l’Etat.

 

Ils ont été contraints de reprendre le relevé de la base nationale des ventes des distributeurs de produits phytosanitaires (BNV-D), daté de 2017. Soit une évaluation de 8 831 tonnes de glyphosate, ce qui représente près d’un tiers des ventes d’herbicides en France (un chiffre quasi stable depuis 2011).

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Rien n’est donc encore disponible pour 2018. « Sans suivi chiffré de la consommation du glyphosate, la mission ne peut constater objectivement les effets de la stratégie mise en œuvre par le gouvernement », regrettent les députés. Ils s’étonnent également que « le volume total des usages déclarés par chaque filière de production (…) [n’atteigne] qu’à peine 50 % des volumes de glyphosate achetés nationalement et disponibles dans la BNV-D ».

 

« Impasses à titre provisoire »

 

Les membres de la mission parlementaire préconisent la création d’« une plate-forme nationale d’enregistrement des produits phytopharmaceutiques », base de données partagée qui favoriserait le pilotage de la sortie des produits phytosanitaires en général et du glyphosate en particulier.

Les rapporteurs ont ensuite examiné les conditions de la transition pour les agriculteurs et de la mobilisation collective. Ils ne manquent pas de « saluer la mise en place de la « task force » [groupe de travail] du comité opérationnel des plans d’action », comprenant les instituts de recherche tels que l’INRA et l’ACTA (instituts techniques agricoles), l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) et les directions ministérielles concernées, l’ensemble étant présidé par le préfet Pierre-Etienne Bisch.

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Toutefois, les députés évoquent un certain nombre d’obstacles – en premier lieu d’ordre agronomique – qui persistent sur le chemin de la transition. La référence reste le rapport publié par l’INRA en novembre 2017 sur les usages et les solutions alternatives au glyphosate dans l’agriculture française. Il relevait deux situations culturales qualifiées d’« impasses à titre provisoire ».

L’une concerne l’agriculture de conservation des sols, où l’on privilégie le sans-labour, mais qui ne toucherait, dans sa forme la plus aboutie, que 2 % des agriculteurs et 4 % de la surface des grandes cultures. L’autre situation complexe est liée aux agricultures sur des reliefs accidentés sans bénéficier d’une forte valeur ajoutée. Les exemples de la culture de semences, de luzerne, de lin ou des fruits à coque sont également mis en exergue.

 

« Coût substantiel » de la transition

 

Les rapporteurs mentionnent cependant le cas de la SNCF, qui emploie à elle seule 0,4 % du glyphosate vendu dans l’Hexagone pour l’entretien de ses voies. Même si l’abandon de l’herbicide a longtemps été considéré comme problématique par l’entreprise publique, son nouveau patron, Jean-Pierre Farandou, a annoncé qu’elle s’en passerait en 2021. Reste à connaître le prix de cette transition.

C’est l’un des points-clés, selon les députés. « Elle aura un coût substantiel », affirment-ils dans leur rapport, que ce soit en investissement pour développer le désherbage mécanique ou électrique palliant l’herbicide, en baisse de rendement ou en temps de travail supplémentaire sur l’exploitation.

 

CERTAINS PARLEMENTAIRES CONTESTENT LES ÉVALUATIONS FAITES PAR LES INTERPROFESSIONS

 

L’INRA a publié, en juillet 2019, une étude sur la viticulture qui évoque un surcoût variant de 210 à 408 euros l’hectare entre désherbage mécanique et désherbage chimique. Les députés se disent favorables à un soutien financier aux agriculteurs, mais souhaiteraient que des études similaires soient menées sur les autres filières agricoles. Certains d’entre eux contestent les évaluations faites par les interprofessions.

Dans ce contexte, les rapporteurs demandent au gouvernement « qu’il clarifie son message à l’égard des agriculteurs. Quels seront les usages qui bénéficieront d’une dérogation au 1er janvier 2021 et quelles seront les mesures réglementaires ou législatives à prendre ? » Une question capitale pour accélérer le tempo.


Citoyennes et citoyens restons unis et mobilisés, car notre combat est loin d’être gagné et nous demandera encore beaucoup d’énergie et de ténacité.

 

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